Redécoupage électoral : le projet d'ordonnance publié

Publié le par PRG

Le Monde le 29 Juin 2009

En contrepartie, 21 circonscriptions sont créées dans 17 départements de métropole et d'outre-mer, 1 circonscription à Saint-Barthélemy-Saint-Martin et 11 circonscriptions nouvelles sont destinées à représenter à l'Assemblée nationale les Français établis hors de France. Selon les calculs du Monde, sur ces 11 nouvelles circonscriptions, 9 reviendraient à la droite et 2 à la gauche (sur la base des résultats du second tour de l'élection présidentielle de 2007). Les limites des circonscriptions sont remodelées dans 12 départements de métropole et d'outre-mer dont le nombre de circonscriptions reste inchangé.

"L'opposition aura davantage de circonscriptions supprimées mais elle tirera profit de la création de nouveaux sièges de députés", répond pour sa part Alain Marleix, le secrétaire d'Etat à l'intérieur chargé du redécoupage. Selon ses propres projections, sur les 22 nouveaux sièges hors Français de l'étranger, "13 reviendraient à l'opposition et 9 à la majorité".

EFFETS MÉCANIQUES

Le redécoupage concerne 285 circonscriptions, soit quasiment la moitié des sièges. Dans son avis remis le 23 juin au premier ministre, la commission consultative du redécoupage, formulait des suggestions ou des propositions complémentaires pour 52 départements au total, y compris des départements dont le découpage reste inchangé, n'en validant que 48 sans réserves.

Le projet de redécoupage obéit en premier lieu à des obligations de rééquilibrage démographique. Il entraîne des effets mécaniques. C'est le cas des départements qui possédaient deux circonscriptions, ramenés à une. Pour la Creuse, cela entraînera la perte d'un siège soit pour l'UMP, soit pour le PS. En Lozère, les deux circonscriptions étant détenues par l'UMP, ce dernier perdra automatiquement un siège.

Le deuxième cas de figure concerne les départements qui perdent une circonscription alors qu'elles étaient toutes détenues par la gauche. Le PS perdrait ainsi un siège dans l'Allier, la Charente, la Nièvre et la Haute-Vienne. Dans les Hautes-Pyrénées, la 3e circonscription de Jean Glavany (PS) est répartie entre les 1re et 2e circonscriptions, respectivement détenues par Pierre Forgues (PS) et Chantal Robin-Rodrigo (PRG). La gauche perd un siège. Reste à savoir qui en fera les frais. L'inverse est vrai dans la Marne, où c'est l'UMP qui perd un siège.

Il y a aussi les opérations lourdes, dans le Nord et le Pas-de-Calais, qui vont entraîner pour la gauche la perte de pas moins de 5 sièges dans ces départements.

Certains arbitrages sont plus politiques. Ainsi le gouvernement a-t-il évité d'attaquer de front les positions de certains leaders de l'opposition. En Corrèze, fief de François Hollande, c'est l'UMP qui devrait perdre le seul siège qu'elle détient. Dans les Deux-Sèvres, où était auparavant élue Ségolène Royal, à qui a succédé Delphine Batho, le redécoupage initialement prévu mettait cette dernière en concurrence avec une autre députée du PS. Il a été revu et c'est l'UMP qui devrait perdre un siège.

Le cas parisien va entraîner de nombreuses polémiques. Non seulement il laisse persister des écarts démographiques importants "qui n'apparaissent pas justifiés", selon la commission, mais la logique à laquelle il obéit reste obscure. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, s'est dit "choqué et furieux politiquement". La capitale perd 3 circonscriptions. Les 1re et 11e circonscriptions des Verts Martine Billard et Yves Cochet sont fragilisées. La partie du 17e arrondissement dans laquelle est élue Annick Lepetit (PS) est rattachée à la circonscription dans laquelle est élue Françoise de Panafieu (UMP). Le PS devrait perdre ce siège et la gauche, au total, en perdre 3.

Il y a enfin les exercices destinés à ménager les alliés du Nouveau Centre (NC) ou à ne pas étouffer le PCF. C'est ainsi que, dans la Somme, pour préserver la 2e circonscription d'Olivier Jardé (NC), il a fallu procéder à un redécoupage compliqué qui scinde en deux la deuxième ville du département, Abbeville, ce qui obligera le député (PS) sortant de la circonscription à aller chasser sur les terres de Maxime Gremetz (PCF). Le PS devrait également perdre un siège dans le Tarn, où la circonscription de Jacques Valax (PS) a été ventilée de telle sorte que Philippe Folliot (NC) soit préservé.

En Seine-Saint-Denis, le PS proteste de manière véhémente contre un projet qui prévoit d'éclater la 3e circonscription de Daniel Goldberg (PS) entre les 4e et 5e circonscriptions de Marie-George Buffet (PCF) et Jean-Christophe Lagarde (Nouveau Centre), de telle sorte que ces derniers conservent leurs sièges.

Enfin, l'UMP s'est parfois chargée de sacrifier elle-même ses élus quand ils avaient fait preuve d'une coupable indépendance vis-à-vis des autorités fédérales. Dans le Val-de-Marne, Marie-Anne Montchamp, qui s'était présentée aux municipales à Nogent-sur-Marne contre le maire (UMP) sortant, perd son siège.

Patrick Roger

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