Le PS à la recherche d'une nouvelle gauche plurielle

Publié le par PRG

Le Figaro le 2 Juillet

Analyse de François-Xavier Bourmaud, journaliste au service Politique du «Figaro» - «Pour la première fois depuis longtemps, les socialistes ne sont plus hégémoniques à gauche.»



La pierre philosophale se dérobe à eux. Mais les socialistes sont bien décidés à le trouver, cet outil mythique qui leur permettra de changer le plomb en or. A savoir une gauche éclatée en un mouvement rassemblé qui portera l'un des leurs à l'Élysée. C'est comme cela. Dans leur histoire plus que centenaire, les socialistes n'ont réussi à conquérir le pouvoir qu'en se rassemblant avec l'ensemble des forces de gauche. Sans remonter au Cartel des gauches de 1924 ou au Front populaire de 1936, l'histoire récente du PS plaide en ce sens. En 1981, c'est l'union de la gauche qui permet à François Mitterrand de s'installer à l'Élysée. En 1997, c'est la gauche plurielle qui permet à Lionel Jospin de gouverner. Et en 2012 ?

Au PS, chacun assure que la victoire passe par le rassemblement. Du parti d'abord, de la gauche ensuite. Épouvantail du congrès de Reims, l'idée de l'alliance avec les centristes du MoDem ne fait plus frémir grand monde chez les socialistes. L'échec du parti de François Bayrou aux européennes y est pour beaucoup. Si le sujet peut revenir en débat à la faveur des élections régionales de 2010, il est pour l'instant en suspens au PS. Les socialistes estiment désormais que c'est à Bayrou de décider s'il se rapproche d'eux ou pas.

Hors PS, point de salut

La question est plus compliquée à la gauche du PS. Depuis son échec aux élections européennes, le Parti socialiste n'est plus en position de dicter les règles du rassemblement de la gauche. Le rapprochement de Jean-Luc Mélenchon et d'Olivier Besancenot d'un côté, la montée en puissance des Verts de l'autre, placent les socialistes dans une situation inconfortable. D'autant que le PRG de Jean-Michel Baylet, qui n'a pas appelé à voter PS aux européennes, pourrait partir en autonome aux régionales. Résultat : pour la première fois depuis longtemps, les socialistes ne sont plus hégémoniques à gauche. Et leurs alliés traditionnels refusent toute discussion avec eux avant de connaître les résultats du premier tour.

Dire que la situation les préoccupe serait un euphémisme. Car tous les socialistes se penchent sur la question. En moins d'une semaine, François Hollande, Manuel Valls et Vincent Peillon ont posé avec gravité, si ce n'est catastrophisme, cette question du nouveau rapport de force du PS avec les formations de gauche.

Et ce soir, Paul Quilès réunit son club Gauche Avenir à l'Assemblée nationale pour un forum centré sur la stratégie d'alliance. Pour l'occasion, l'ancien ministre socialiste a fait réaliser un sondage OpinionWay selon lequel 53 % des Français estiment « tout à fait prioritaire » la mise en place d'une stratégie de rassemblement de toute la gauche pour espérer pouvoir gagner l'élection présidentielle de 2012.

Casse-tête au PS : comment rester au centre du jeu ? Pour l'instant, les tentatives sont déclamatoires. François Hollande dramatise : «un PS faible et c'est l'ensemble de la gauche qui souffre (…) Un PS seul et c'est l'alternance qui se trouve empêchée». Manuel Valls élimine : «nous devons refuser de subir la pression de l'extrême gauche dont les accusations de trahison ont trop souvent alimenté notre mauvaise conscience». Et Vincent Peillon accuse : «ceux qui considèrent qu'il peut y avoir deux gauches se trompent et installent pour très longtemps la droite au pouvoir». Chacun à sa façon envoie un message subliminal : hors PS, point de salut. Mais que proposer aux formations de gauche pour qu'elles acceptent l'alliance avec le PS ?

Le vocabulaire laisse peu de place au doute : retour au programme commun de Mitterrand. Martine Aubry appelle cela la «maison commune» de la gauche. François Hollande propose de créer une fédération autour d'un projet commun. Manuel Valls parle de contrat de législature avec les forces de gauche… Dans tous les cas, il s'agit d'engager rapidement des négociations. Seulement voilà, les Verts comme l'extrême gauche vont se nourrir de la faiblesse du PS jusqu'aux régionales. Condamnant le parti à jouer sur la défensive, alors qu'il n'a toujours pas réussi à sortir de la crise qui le mine depuis 2002. Si le PS compte sur le rassemblement de la gauche pour s'en sortir, il lui faut encore attendre près d'un an pour savoir s'il sera au centre du jeu. Comme un acteur impuissant de son déclin.

Publié dans article sur le PRG

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article