Harlem Désir: régionales,unir Gauche et Ecologie dès le premier tour

Publié le par PRG

Rue 89 le 6 Juillet

En cette veille d'élections régionales, les forces politiques se mettent en ordre de bataille. Trop classiquement peut-être à gauche où chaque formation semble d'abord vouloir utiliser cette échéance à des fins de stratégie. Nous prenons le risque de laisser passer l'occasion d'un profond renouveau, indispensable pour gagner et salutaire pour l'avenir. Voilà pourquoi je fais la proposition que ces élections régionales marquent l'an 1 d'une nouvelle perspective à gauche : l'union Gauche-Ecologie autour d'un grand projet commun.

Europe Ecologie a montrée le besoin de changement à gauche

Depuis 2004, la gauche rassemblée et les écologistes dirigent la quasi totalité des régions, chaque composante apportant quelque chose à l'action. La gauche peut être fière de son bilan, mais ne doit pas s'en contenter : nous devons aller plus loin ensemble dans les domaines où nous avons réussi, ouvrir de nouveaux chantiers autour desquels construire une nouvelle dynamique de gauche, unie et audacieuse dans notre pays.

Pour cela, prenons le meilleur de chacun. A l'occasion des élections européennes, le rassemblement Europe Ecologie a montré à la fois le besoin de changement à gauche, d'ouverture aux mouvements citoyens et de réponses nouvelles face à la crise, qui prennent pleinement en compte l'exigence écologique. C'est un indéniable succès, mais emporté sur fond d'abstention forte, et qui laisse ouverte la question des partenaires nécessaires à ce rassemblement pour pouvoir agir efficacement au service de ses objectifs. Europe écologie a réussi au plan des idées comme de la démarche, mais a besoin d'alliés pour que ses idées l'emportent dans la pratique et se transforment en politiques concrètes.

Le Front de gauche du Parti Communiste et des amis de Jean-Luc Mélenchon a montré que l'on faisait plus en s'élargissant qu'en restant isolé. Il n'est pas devenu pour autant une force alternative au sein de la gauche mais, s'il le souhaite et demeure unitaire, il est un partenaire incontournable. S'il s'enferme au contraire dans un face-à-face avec l'extrême gauche, il prend le risque de l'inefficacité et de l'affaiblissement de la gauche toute entière.

Le PS ne peut gagner seul, mais la gauche a besoin de lui

Le Parti socialiste, quant à lui, a subi un grave échec. Les citoyens lui ont envoyé un ultime avertissement, lui demandant de changer sans délai. Il doit opérer une profonde transformation pour devenir le grand parti de gauche inventif, populaire et moderne que les Français exigent, faute de quoi ceux ci se passeront de lui.

Mais le Parti socialiste, même affaibli par ses échecs successifs et ses divisions qui doivent cesser, reste la force centrale de la gauche. Ses élus sont reconnus, il dirige la majorité des villes, des départements et des régions. Ses groupes parlementaires d'opposition à l'Assemblée nationale et au Sénat sont les plus importants et bataillent chaque jour contre la droite, comme en ce moment sur le travail du dimanche ou l'indépendance des juges. Le PS ne peut gagner seul, il ne l'a d'ailleurs jamais pu, mais la gauche a besoin de lui pour gagner.

C'est pourquoi, les élections régionales devraient être l'occasion pour la gauche et les écologistes de montrer leur capacité à dépasser les affaires de boutique, dont les Français sont las, et à mettre en œuvre un programme commun pour les régions reposant sur un triptyque essentiel : le progrès social, l'impératif environnemental, et une économie efficace au service de l'humain.

Sur les transports, la justice sociale et la solidarité territoriale, l'avenir des quartiers populaires, l'éducation, la recherche et la culture, la fracture numérique, le développement économique, et tant d'autres sujets, nos régions ont besoin d'un nouveau projet rose-vert-rouge, pour changer au quotidien la vie des citoyens et préparer la France de l'après crise.

Le PS avec les écologistes, le PRG, le MDC et la société civile

Nous pouvons immédiatement commencer à travailler à ce grand projet Gauche-Ecologie, porteur d'une nouvelle matrice pour la gauche, et qui propose à la fois de répondre à l'urgence sociale et à l'urgence environnementale par un nouveau modèle de croissance écologique et un nouveau modèle de société.

Je fais donc une proposition simple qui donnerait de l'élan à ce projet : des listes Gauche-Ecologie qui rassembleraient, dès le premier tour des prochaines élections régionales, le PS, les écologistes et toutes les forces de gauche qui sont prêtes à diriger les régions ensemble autour d'un projet progressiste et écologique commun.

Après tout, nous avons bien gouverné ensemble 20 régions sur 22 pendant six ans, la gauche dans toute sa diversité, sans oublier les radicaux du PRG et le MDC, avec les écologistes. Au nom de quelle fatalité faudrait-il se résoudre à devoir se présenter séparément lors du premier tour des élections régionales de 2010 puisqu'à l'avenir nous souhaitons continuer à agir ensemble au service des Français ? S'il y a volonté d'agir en commun autour d'un projet partagé dans nos régions, pourquoi commencer avec des listes séparées ?

Je fais aussi le vœu que ces listes et ce projet montrent notre ouverture radicale à la société civile en accueillant des citoyens venus d'autres horizons, comme le monde associatif, syndical, culturel, l'université ou le mouvement sportif, pour apporter à la gauche leurs nouvelles énergies.

N'offrons pas à cette droite la possibilité de profiter de nos divisions

Pour aboutir à de telles listes de rassemblement, tout doit pouvoir être discuté : le programme bien sûr, la représentativité de chacun sur les listes et les futurs exécutifs régionaux. Il n'y a pas de préalable et chaque situation régionale doit être examinée. Faut-il pour autant soulever des problèmes artificiels comme celui des candidats à la présidence des régions ? Le bilan des présidents actuels est reconnu par la population et représente un atout indéniable face à notre adversaire commun, pourquoi s'en priver ?

Bien entendu, là où des manquements aux valeurs communes de la gauche ont eu lieu, je pense en toute franchise à la région Languedoc-Roussillon et aux propos inacceptables de George Frêche sur les harkis ou les noirs, il est normal que nos partenaires, comme les socialistes eux même, exigent le changement. Mais, respectons les citoyens et leurs choix démocratiques qui font du Parti socialiste la première force à gauche dans les régions, et enrichissons nous de toute la diversité de la gauche, en faisant par exemple de nos partenaires les têtes de nos listes dans certains départements.

Le choix de listes autonomes de chaque formation au premier tour pour ne s'allier qu'au second est évidemment toujours possible. Mais n'oublions pas la leçon des élections européennes : majoritaire au total, la gauche divisée est faible tandis que la droite sait crier victoire même lorsqu'elle est minoritaire. N'offrons pas à cette droite la possibilité de profiter de nos divisions pour créer une dynamique autour d'elle en vue du second tour de l'élection régionale.

La gauche a impérativement besoin d'un nouveau souffle, inventif et unitaire. La nouvelle donne d'un projet et de listes Gauche-Ecologie peut créer ce sursaut dès les prochaines élections régionales. Ayons l'ambition de ce grand projet commun et donnons nous les moyens de la réaliser en nous rassemblant dès que possible.

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