Aubry dans le labyrinthe

Publié le par PRG

Le Figaro le 13 Juillet

L'éditorial de Paul-Henri du Limbert du 13 juillet.

 
Tenant à la main une lanterne blafarde, elle frappe à des portes qui désespérément restent closes. Bien sûr, ce n'est pas L'Enfer de Dante, mais ce n'est pas drôle non plus. Martine Aubry a pris sa plume pour proposer une «maison commune» aux partenaires de l'ancienne gauche plurielle ; tous ont répondu non. Ils n'ont pas attendu trois mois pour le lui faire savoir, mais 24 heures. Comme si la réponse allait de soi. Daniel Cohn-Bendit a mieux à faire, Jean-Michel Baylet lorgne du côté de Nicolas Sarkozy, Jean-Luc Mélenchon s'esclaffe. Ils sont sans pitié. Les «antisocialistes primaires» d'autrefois ne sont plus à droite, mais à gauche.

En s'installant à la tête du parti, Martine Aubry savait que la tâche serait ardue. C'est pire que ça. Les jours passant, elle s'aperçoit que tous, à la périphérie de la Rue de Solferino, rêvent d'un grand chamboulement qui verrait l'agonie puis la fin du vieux parti d'Épinay. Il y a, à gauche, plein de petits Galilée qui songent à changer le cours des astres. Pourquoi, disent-ils, devrions-nous tourner autour du PS ? Après tout, sa force d'attraction s'amoindrit, et sa lumière pâlit un peu plus chaque jour.

Ils regardent, et ils entendent. Ils voient que le PS n'a plus gagné une élection présidentielle depuis vingt et un ans, et les petites phrases venimeuses que l'on s'envoie perpétuellement Rue de Solferino leur reviennent aux oreilles. Martine Aubry n'aime pas Ségolène Royal, qui le lui rend bien et attend son heure, Laurent Fabius ne désespère pas d'être à nouveau après avoir été, François Hollande se «relooke» et espère un grand retournement en sa faveur, Bertrand Delanoë ne lâche rien, Manuel Valls secoue le cocotier, les quadras manigancent, les militants s'évaporent. Quant à Dominique Strauss-Kahn, il est loin mais n'en pense pas moins.

Devant un tel paysage, on comprend mieux l'ironique arrogance d'un Cohn-Bendit ou d'un Mélenchon. À gauche, le pouvoir n'est pas à prendre mais à ramasser, pensent-ils. Ils exagèrent leur importance, mais c'est naturel puisque le PS fait tout pour minimiser la sienne. Où s'arrêtera cette incroyable tendance qui voit chaque jour un peu plus le PS reculer et ses rivaux avancer ? Nul ne le sait.

Nicolas Sarkozy observe la situation et se frotte les mains. Après tout, il est le premier responsable de cet état des choses. Quand Éric Besson, son ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, dit pis que pendre de son ancien parti, il l'accable davantage que Cohn-Bendit, Mélenchon et Baylet réunis. Lesquels le harcèlent aussi, et donnent, à la fin des fins, l'image d'un Parti socialiste qui n'attire plus personne et exaspère tout le monde.

Attaqué par la droite, attaqué par les écologistes, attaqué par la gauche de la gauche, le PS s'invente chaque semaine de nouvelles espérances. La «maison commune» de la gauche en était une, mais on lui a dit non en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Il va falloir en inventer une autre. Martine Aubry va devoir continuer à parcourir ce grand labyrinthe où l'on tape à des portes qui ne s'ouvrent pas.

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