Reynié : «Aubry s'enferre dans un modèle archaïque»

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INTERVIEW - Pour Dominique Reynié, professeur à Sciences Po et directeur général de la Fondation pour l'innovation politique, «le PS est dépourvu de dynamique interne».

LE FIGARO. - Pourquoi le PS n'est-il plus une force d'attraction pour la gauche ?


Dominique REYNIÉ. - Le PS apparaît comme un parti sans doctrine et sans chef qui a lassé bon nombre de ses électeurs, lesquels n'hésitent plus à le boycotter massivement, comme on l'a vu en 2002 ou encore lors des dernières élections européennes. Les régionales de 2010 ne sauraient constituer des perspectives encourageantes, car la gauche risque de perdre quelques-unes des Régions conquises en 2004. Même à gauche, le Parti socialiste a cessé d'être considéré comme une locomotive électorale. D'autant plus que le PS est dépourvu de dynamique interne. Il est divisé et sans chef, ce qui lui interdit de jouer le rôle d'une force fédératrice. Il n'a pas clairement fait le choix d'une alliance avec le centre ou la gauche de la gauche : voyez encore le cas de la municipale partielle d'Aix-en-Provence où le PS s'est allié au MoDem. Symptôme inquiétant, les appels au rassemblement se multiplient, ce qui est contradictoire ! Et Martine Aubry n'a même pas été la première, puisqu'elle suit Moscovici ou même Robert Hue.

La gauche de la gauche en profitera-t-elle ?
Le choix des destinataires de l'appel de Martine Aubry est révélateur de la situation du PS. La lettre a en effet été adressée à toute la gauche, à l'exception du NPA. Or, avant même cet appel, le parti de Besancenot avait affirmé qu'il y apporterait une fin de non-recevoir. Ce n'est donc même pas le PS qui a décidé de ne pas solliciter le NPA, mais l'inverse.


Dans cet appel, on retrouve la gauche plurielle, chère à Lionel Jospin en 1997.

C'est la preuve que ce sont des idées d'hier. Cet appel est un énième aveu d'impuissance du PS qui ne sait plus imaginer les nouvelles conditions de son avenir politique. Nous ne sommes plus en 1997. C'est peu dire que le monde a changé depuis 12 ans !


Pourtant, 1997 était une victoire ?

C'était une illusion. 1997 a été une défaite de la droite bien plus qu'une victoire de la gauche. 1997, c'est d'abord une erreur stratégique de Jacques Chirac qui n'a pas su expliquer la dissolution aux Français. 1997, c'est ensuite les triangulaires imposées par le Front national qui ont permis d'élire bon nombre de députés socialistes. La gauche est minoritaire en voix si on range le vote FN dans les votes de droite. Enfin, la reprise de cette ancienne référence est d'autant plus étonnante de la part de Martine Aubry que ce sont ces alliances qui ont débouché sur le 21 avril 2002.


La gauche plurielle se conjugue donc au singulier...

Les réactions au courrier de Mme Aubry montrent que les relations entre les différentes composantes de la gauche sont épouvantables. Les alliés potentiels du PS ne cachent pas qu'ils ne croient plus au PS. En cela, ils portent sur ce parti le même regard que la droite.


Dans ce cas, quelle peut être la solution pour le PS ?

La question est d'autant plus difficile que leur problème c'est désormais aussi leur chef. Placée à la tête du parti dans des conditions déplorables, Martine Aubry se montre incapable de le renouveler, refusant d'assumer, comme tous les grands partis sociaux-démocrates, une alliance avec le centre, sans pour autant l'interdire de facto. Elle s'enferre dans un modèle archaïque. Son vocabulaire en témoigne. Elle incarne un parti aliéné à une gauche radicale, intellectuellement exaltée, politiquement très active mais électoralement peu crédible.


La changement de direction est-il inéluctable ?

Ils doivent y réfléchir rapidement car la question de la survie du PS est en passe d'être posée. La situation aurait été tout autre si Ségolène Royal avait été portée à la tête du parti. Royal présente l'avantage de combiner le pragmatisme, l'utopie et le charisme, tout en exprimant la volonté claire de passer une alliance avec le centre.

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