Union de la gauche : pourquoi Martine Aubry prend un râteau

Publié le par PRG

Rue 89 le 13 Juillet

Après son piètre score aux européennes, le PS échoue à créer une union de la gauche en vue des régionales.

Avec plus ou moins de doigté, tous ont dit non à Martine Aubry. Mardi dernier, la première secrétaire du PS a envoyé
une lettre à tous les représentants des partis de gauche, à l'exception du NPA, pour les appeler à une « nouvelle démarche de rassemblement », à la création d'une « maison commune », dès les élections régionales de 2010 :

« Le Parti socialiste est prêt à travailler dans chaque région avec l'ensemble des partis de gauche et les écologistes, sur un projet commun et une réflexion commune sur notre stratégie électorale. »

Si elle ne le dit pas clairement, ses lieutenants s'en sont chargé pour elle : l'objectif est de constituer des listes d'union dès le premier tour. Harlem Désir, secrétaire national à la coordination, n'a pas affirmé autre chose, lundi dernier, dans une tribune publiée sur Rue89 :

« Je fais une proposition simple qui donnerait de l'élan à ce projet : des listes Gauche-Ecologie qui rassembleraient, dès le premier tour des prochaines élections régionales, le PS, les écologistes et toutes les forces de gauche qui sont prêtes à diriger les régions ensemble autour d'un projet progressiste et écologique commun. »

Mais le Parti socialiste, qui éprouve les pires difficultés à rassembler en son propre sein, ne parvient plus à convaincre les autres partis à gauche de se réunir autour de lui. Un second désaveu cinglant pour la première secrétaire socialiste, après l'échec des européennes. Des partis qui ont chacun des raisons à faire valoir pour justifier leur refus.

Raison n°1 Les alliances avec le MoDem

Il n'existe pas d'exemple plus récent pour illustrer le rapprochement entre le PS et le MoDem, et le Parti de gauche n'a pas manqué de le souligner. Dans une interview au Journal du Dimanche, Jean-Luc Mélenchon s'est appuyé sur la municipale partielle d'Aix-en-Provence, dont le premier tour a eu lieu ce week-end, pour fustiger la lettre de Martine Aubry :

« Il y a une municipale partielle à Aix. Nous avons monté une liste de gauche avec le PCF et le NPA, mais le PS fait liste commune avec le MoDem, en rompant avec ses alliances de gauche de l'an dernier. On ne peut pas proposer l'union de la gauche au national, et avoir un comportement contraire à la base. Bref, la lettre d'Aubry sent le double jeu. »

 

Le fait que la liste Verts-Parti Occitan ait décidé ce lundi de se joindre au PS et au MoDem à Aix-en-Provence ne doit pas faire regretter au leader du Parti de gauche d'avoir précisé qu'il travaillait déjà sur les « listes des régionales avec le PC, le NPA et les alternatifs », n'ayant « pas d'autre choix pour échapper à l'étouffement de la gauche que tente Martine Aubry. »

Dans une lettre envoyée ce lundi matin à la première secrétaire du PS, Marie-George Buffet n'a pas écrit autre chose. Si elle accepte le principe d'une rencontre avec Martine Aubry, la chef de file communiste dit refuser « une démarche de façade ou de replâtrage », en raison notamment de « la répétition d'alliances locales avec le MoDem ».

Les alliances avec le MoDem révèlent les différences programmatiques et constituent un point sur lequel Martine Aubry aura de la peine à rassurer. En plus de l'exemple d'Aix-en-Provence, les appels d'unité à gauche lancés récemment par nombre de socialistes démontrent une diversité prégnante des points de vue.

Comme la première secrétaire du parti, les tenants socialistes de « Gauche avenir », Paul Quilès et Marie-Noëlle Lienemann, n'ont pas adressé leur lettre d'union à la formation centriste, alors que dans le même temps Vincent Peillon et son courant « L'Espoir à gauche » ont convié la numéro deux du MoDem, Marielle de Sarnez, à des ateliers d'été ; et Manuel Valls, qui vient de créer son club « A gauche, besoin d'optimisme », plaide pour « une large coalition qui intègre les Verts et le MoDem ».

Raison n°2 La faiblesse électorale du PS

« Le PS ne peut gagner seul, il ne l'a d'ailleurs jamais pu, mais la gauche a besoin de lui pour gagner », écrit Harlem Désir. Voilà la raison qui pousse les socialistes à vouloir continuer de se placer au centre d'une union à gauche. Mais les élections européennes ont modifié la donne.

Europe Ecologie a quasiment fait jeu égal avec le Parti socialiste au plan national. Pire, pour les socialistes, ils ont été devancés de six points en Ile-de-France. De quoi permettre à Daniel Cohn-Bendit, jeudi dans Le Figaro, de rejeter avec véhémence tout appel à l'unité à gauche avant le second tour :

« Que les socialistes arrêtent de nous casser les pieds ! La proposition que j'ai faite de partir en autonomes pour les régionales au premier tour a été actée avec enthousiasme.

Le PS devra faire avec la réalité de l'écologie politique qui a repris des couleurs vertes, fortes et brillantes. Il est donc temps qu'il arrête avec ce paternalisme d'un autre temps. »

 

Se posent en amont des problèmes presque aussi insolubles que celui des alliances : comment redistribuer les présidences socialistes de région (vingt sur vingt-deux) en cas de négociations avant le premier tour ? Et pourquoi les écologistes ne tenteraient pas leur propre chance de figurer en tête des formations de gauche ?

D'autant qu'Europe Ecologie et les Verts ne peuvent qu'être sceptiques quant aux intentions des socialistes. Surtout lorsque Pierre Moscovici, qui vient de faire son retour dans la direction du PS, confie mardi dernier sur Public Sénat :

« Ce que moi je préfèrerais, c'est d'abord que l'on fasse confiance à nos présidents de région, c'est ensuite que l'on essaye de reconduire les équipes sortantes dès lors qu'on estime qu'elles ont réussi. »

 

Raison n°3 Les expériences passées

Les Verts n'ont pas oublié le peu de poids que Lionel Jospin leur octroyait au sein de son gouvernement lorsque la gauche plurielle était au pouvoir, entre 1997 et 2002. Et d'autres anciens alliés du PS éprouvent des ressentiments plus récents encore.

C'est le cas des deux derniers destinataires de la lettre de Martine Aubry : Jean-Michel Baylet du Parti radical de gauche et Jean-Pierre Chevènement du Mouvement républicain et citoyen.

Si, dans un communiqué diffusé dimanche, le président du PRG estime que « la victoire ne peut exister qu'au prix de l'unité », il regrette que « le PS ne cesse d'étouffer ses partenaires, de leur donner des leçons ou les mettre en garde, on voit où ça les a menés ».

Lire entre les lignes : vous n'avez pas voulu vous allier avec nous pour les européennes, allez vous faire voir pour les régionales. Et d'ajouter, pour ceux qui n'auraient pas compris :

« Le rassemblement ne pourra se faire que dans le respect des alliés, sans tentation hégémonique, ce qui n'est pas la propension naturelle du PS. »

Même cause, même effet, pour le MRC. L'échec d'une alliance aux élections européennes semble toujours très présent dans les esprits. Selon nos informations, son président ne rendra public sa réponse à Martine Aubry que mercredi, mais le dernier édito publié le 29 juin sur son blog ne laisse guère la place au doute :

« Nous avons cherché depuis trois décennies à réconcilier la gauche avec l'exigence républicaine. (…) C'est peu dire que le PS ne nous en a pas été reconnaissant. Nous avons cependant résisté à la campagne de marginalisation lancée contre nous, depuis longtemps et redoublée depuis 2002. (…) Le MRC fera donc entendre sa voix en toutes circonstances. »

Publié dans article sur le PRG

Commenter cet article