Le désarroi des dirigeants du PS s'accentue

Publié le par PRG

Le Monde le 13 Juillet

L
e Parti socialiste broie du noir. Alors qu'à pareille époque, on se bousculait pour s'inscrire à l'université d'été de La Rochelle, événement touristico-politique de la fin août, les inscriptions ont démarré plus que laborieusement. Les dernières réunions de section, début juillet, n'ont pas fait recette et dans certains départements, les conseils fédéraux se sont mis en sommeil plus tôt que prévu.
"De la base au sommet, tout le monde est ébranlé", résume
Vincent Peillon. Lapidaire, un autre responsable considère que "l'arbre est sec". Claude Bartolone, secrétaire national aux relations extérieures, exprime lui aussi le désarroi distancié qui semble avoir gagné la plupart des dirigeants socialistes. "Une chose est sûre, dit-il, les électeurs ne nous trouvent ni utiles ni sympathiques. En revanche, il est une question à laquelle je n'ai pas de réponse : avons-nous, socialistes, envie de rester ensemble ?"

"OPPOSANT EN DÉCONFITURE"

"Aux européennes, le scénario catastrophe s'est produit, soupire Pascal Terrasse, député et président du conseil général de l'Ardèche. On ne sait plus par quel bout prendre le problème. Critiquer la direction ? C'est donner le sentiment de tirer contre son camp au pire moment. Ne rien dire ? C'est passer pour un mouton de Panurge." David Assouline, sénateur proche de Ségolène Royal et membre de la direction, continue d'espérer un déclic à la rentrée de septembre. "Je ne crois pas à un sursaut salvateur six mois avant la présidentielle de 2012 ; il va donc falloir que quelque chose se produise, et vite, sinon tout sera irrémédiablement compromis", prévient-il.

Alors que l'état-major s'efforce de créer "une dynamique sur le projet" et appelle à "la bataille des idées", la plupart de ceux qui comptent au PS se préoccupent d'abord des élections régionales de mars 2010. Un rendez-vous qui s'annonce délicat, comme en témoigne le peu d'écho rencontré par les multiples appels à l'unité lancés vers les alliés de gauche.

Face à un secrétariat national encore mal remis de la déconvenue des élections européennes, les présidents socialistes sortants comptent garder la haute main sur la préparation de ce scrutin, y compris pour ce qui concerne les alliances. "La seule bouée de sauvetage dont dispose le PS dans la perspective des régionales, ce sont ses élus", prévient Gérard Collomb. "La question est de savoir s'ils sauront s'organiser pour peser sur la ligne du parti", ajoute le maire de Lyon, qui se verrait bien réactiver "La Ligne claire", éphémère groupement de barons socialistes constitué avant le congrès de Reims.

Hormis Manuel Valls, qui compare la première secrétaire du PS au chef d'orchestre du Titanic, le navire socialiste dans la tourmente s'efforce de l'épargner. Ses adversaires, en particulier les amis de Ségolène Royal qui avaient critiqué Martine Aubry pendant la campagne des élections européennes, la jugent affaiblie mais louent son "courage"... tout en admettant qu'il n'existe pas de solution de rechange. "Si quelqu'un veut ma place, je la lui cède tout de suite", lance Mme Aubry sur un air de défi. "Je vais être davantage moi-même", assure la première secrétaire qui compte, dès septembre, prendre son bâton de pèlerin pour participer à un "Tour de France du projet" et multiplier les visites dans les fédérations.

S'ils refusent de mettre en cause la responsabilité personnelle de Mme Aubry, nombre de responsables socialistes la trouvent cependant "mal à l'aise dans ses habits de première secrétaire" et assurent que "Martine", présente deux jours par semaine à Paris, "n'est pas vraiment heureuse rue de Solferino". "Je l'ai reçue chez moi, à Nantes, en sa qualité de maire de Lille. Elle était vraiment souriante, très détendue...", souligne Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale qui admet à demi-mots le contraste entre la maire de Lille et la première secrétaire du PS.

Les socialistes ne doivent pas compter sur les spécialistes de science politique pour leur mettre du baume au coeur. Zaki Laïdi, directeur de recherches à Sciences Po, ne cache pas son pessimisme. "Depuis une dizaine d'années, les socialistes avaient compensé leur perte de confiance idéologique par une confiance en eux-mêmes. Aujourd'hui, ils ont aussi cessé de croire en eux-mêmes ", affirme-t-il.

Quant au diagnostic de Laurent Bouvet, professeur à l'université de Nice, il est sans appel : "Le PS est à l'agonie. Ce parti ne peut tout simplement plus apparaître comme susceptible de représenter une alternative crédible pour le gouvernement du pays." Récemment, une grille de mots croisés proposait, pour un sigle en deux lettres, la définition suivante : "Opposant en déconfiture".

Jean-Michel Normand

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