Le courrier d’été de Martine Aubry

Publié le par PRG

Le Blog de Jean-Michel Normand,journaliste politique au Monde


Le 15 Juillet

Cet été, Martine Aubry est penchée sur son écritoire. Elle n’arrête pas d’envoyer des lettres. Après s’être adressée, la semaine dernière, à ses partenaires de la gauche, c’est son « cher Manuel » (la missive débute ainsi) qui a été destinataire d’un long courrier daté du 13 juillet. Il faut attendre le onzième paragraphe pour comprendre son objet. « Il n’y a pas un jour, mon cher Manuel, où tu n’expliques aux médias que notre parti est en crise profonde, qu’il va disparaître et qu’il ne mérite pas de se redresser. Paradoxalement, tu t’appuies sur  nos règles collectives pour appeler à l’insurrection militante » s’indigne la première secrétaire. « S’il s’agit pour toi, poursuit-elle, de tirer la sonnette d’alarme par rapport à un Parti auquel tu tiens, alors tu dois cesser ces propos publics et apporter en notre sein tes idées et ton engagement. Si les propos que tu exprimes reflètent profondément ta pensée, alors tu dois en tirer pleinement les conséquences et quitter le Parti socialiste ».
Pour Martine Aubry, il s’agit de poser un acte d’autorité. Le « service après vente » bien huilé effectué dans la foulée mercredi matin par sa garde rapprochée en témoigne. Martine Aubry « dit tout haut ce que pensent de nombreux militants » a assuré Harlem Désir,  Claude Bartolone a taclé une « génération » qui risque de laisser entendre « que 2012 c’est fini et qu’il faut penser à 2017 » alors que Benoit Hamon a rappelé Manuel Valls à ses « devoirs ». Ce coup de gueule épistolaire vise à souligner l’isolement du député de l’Essonne qui, en se portant candidat à la candidature présidentielle, a certes marqué son territoire mais, aussi, conforté son statut d’entrepreneur individuel. Ses rapports avec le courant l’Espoir à gauche (LEAG) sont devenus délicats. Pendant que Valls compare Martine Aubry au chef d’orchestre du Titanic, Vincent Peillon et ses amis refusent de « tirer sur le pianiste », estimant que pour le moment il ne servirait à rien d’affaiblir encore davantage « cette pauvre Martine ». Engagé dans une stratégie de forcing médiatique et de différenciation, Manuel Valls n’a pas grand’monde derrière lui. Reste que si ses rebuffades sont condamnées par beaucoup, d’autres les préfèrent peut-être au silence gêné des dirigeants socialistes de tout bord face au désastre ambiant.
La lettre adressée au maire d’Evry a surpris. Cette initiative s’inscrit, en effet, à rebours de la « séquence de Marcoussis » centrée autour de « la dynamique du projet », en rupture avec le nombrilisme socialiste. En invitant Manuel Valls– qui, on le sait, n’en fera rien - à se taire ou à partir, Martine Aubry risque de se condamner à s’entendre demander, lors de chacune des prochaines incartades de ce « cher Manuel », quelles sanctions elle entend prendre. Or, il n’est pas sûr qu’entamer une procédure d’exclusion soit la meilleure façon de redorer l’image du PS. Enfin, lors de la conférence de presse tenue mercredi 15 juillet par Benoît Hamon, plusieurs journalistes ont demandé au porte-parole pourquoi la première secrétaire ne s’en prenait pas à d’autres dirigeants. Car il y a le choix. Malek Boutih, qui tire à boulets rouges sur la direction dés qu’il aperçoit un micro. Arnaud Montebourg qui, comme le rappelle Libération de mercredi , menace dans la lettre de son secrétariat national à la rénovation d’en appeler à un referendum militant pour organiser des primaires. Michel Rocard, qui juge le PS en « hibernation comateuse » et collectionne les missions que lui confie Nicolas Sarkozy. Ou Jack Lang, le seul à avoir voté en faveur de la révision constitutionnelle.
Cette missive vengeresse a été écrite après une autre, plus aimable, expédiée à Marie-George, Jean-Pierre, Cécile, Jean-Michel et Jean-Luc afin de leur proposer « une nouvelle démarche de rassemblement à gauche ». Les réponses n’ont pas été très encourageantes. Après les réactions fraîches émanant des Verts, des Radicaux de gauche et du parti de gauche, Benoit Hamon a fait état mercredi d’une « réponse favorable » de la part de la secrétaire nationale du PCF. Or, Marie-George Buffet si elle se dit « évidemment » prête au dialogue avec le Parti socialiste, met en garde contre l’illusion « des appels miracles au rassemblement » et affirme ne pas percevoir « la clarté nécessaire dans les positions du Parti socialiste ». Rien de très enthousiaste, donc. « Martine Aubry envoie des courriers bizarres en plein été et d’une manière comminatoire » grommelait mercredi matin Jean-Luc Mélenchon sur RTL. On espère que l’ex-socialiste, qui refusé « le projet commun » et dénoncé « le double jeu du PS » dans une interview au Journal du Dimanche, aura eu l’élémentaire politesse de répondre par écrit à la première secrétaire.

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