Aubry fragilisée par l'affaire Valls et le rejet de sa "maison commune"

Publié le par PRG

PARIS le 16 Juillet— Huit mois après sa courte victoire au congrès de Reims, Martine Aubry se retrouve fragilisée par son bras de fer avec Manuel Valls et les fins de non-recevoir des anciens partenaires de la gauche plurielle à sa proposition de "maison commune".

Le député-maire d'Evry (Essonne), qui entend rester "fidèle" à sa famille politique, a fait fi de l'ultimatum lancé mardi par la première secrétaire lui sommant de rentrer dans le rang ou de partir. "Quel que soit le prix à payer", "je ne serai pas le silencieux complice de l'aveuglement", a-t-il asséné mercredi, avant de juger que son exclusion n'avait "aucun sens". "Le Parti socialiste n'a jamais exclu quelqu'un pour délit d'opinion".

La position de Mme Aubry face à ce défi n'est pas connue. Mais l'eurodéputé Gilles Pargneaux, son conseiller, évoque des sanctions si Valls "ne joue pas le jeu du collectif".

"L'acte d'autorité de Martine Aubry vise aussi à montrer à tous ceux qui auraient envie de continuer les petites phrases que ce n'est pas notre intérêt commun", juge le premier secrétaire fédéral du Nord pour qui Manuel Valls a "dépassé les bornes".

Acte d'autorité diversement perçu à la direction. Razzy Hammadi, secrétaire national (services publics), "d'accord sur le fond", émet des réserves sur la forme qui aurait mérité "plus de préparation et d'échanges".

"Eviter qu'il y ait des cacophonies, c'est légitime, c'est le rôle d'un premier secrétaire. Un coup de force quand on est faible, c'est un acte de faiblesse", juge un cadre pour qui Mme Aubry "joue sa musique solitaire".

"Idem pour la lettre aux partenaires de la gauche, c'est la bonne direction, il faut être unitaire" mais "on n'envoie pas une lettre comme cela sans" s'être assuré avant d'un minimum d'accord des destinataires, poursuit-il.

Mme Aubry a reçu des réponses mitigées de tous les partis de gauche sollicités. Dernière en date, celle de Jean-Pierre Chevènement (MRC) qui a jugé "imprécis" les contours de la "maison commune" prônée par Mme Aubry, qualifiée de "passéiste" par Daniel Cohn-Bendit (Europe-Ecologie).

La maire de Lille, élue à la tête du PS avec 102 voix d'avance face à Ségolène Royal en novembre, se trouve donc "dans une situation excessivement compliquée", résume Stéphane Rozès (Cap conseil).

Elle avait "beaucoup de cartes en mains après le congrès de Reims mais n'a pas pris, avec l'énergie, l'investissement-temps et le choix de l'entourage suffisants, la mesure des choses", juge le politologue.

Selon lui, "la répartition du temps de Mme Aubry entre sa municipalité et la rue de Solférino" est "la marque d'un intérêt relatif aux questions nationales".

La patronne du PS aurait dû "renouveler les équipes dirigeantes et revoir la gouvernance du PS" après Reims. Elle "peut encore profiter du fait, comme elle le dit, que personne ne veut son boulot", assure-t-il, mais si c'est pour dire "+je continue à gérer à la petite semaine le parti+, il va y avoir une difficulté aux régionales".

Pour Alain Krivine du NPA, non destinataire de sa lettre, Martine Aubry "est coincée parce qu'elle n'a personne pour la remplacer".

D'aucuns jugent "plausible", sans la trouver probable, la perspective d'une démission. "Est-ce souhaitable? Je m'interroge. C'est une question qu'on peut se poser, mais à laquelle nous, politiques, ne pouvons répondre que si nous avons la solution derrière", analyse un cadre.

D'autres tentent de calmer le jeu : Pierre Moscovici appelle à "la paix des braves", Michel Sapin, secrétaire national (économie), ne voit "qu'une seule solution, les vacances". Prochain rendez-vous: La Rochelle fin août.

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