Ouverture à droite, fermeture à gauche

Publié le par PRG

Ouest France le 17 Juillet

Dans quelques jours, Nicolas Sarkozy complétera le gouvernement en nommant quatre ou cinq secrétaires d'État, aux Technologies vertes, à la Fonction publique ou pour des missions à durée déterminée. Il ne faut pas s'attendre à un élargissement spectaculaire de l'ouverture.
Sur trente-huit ministres, une demi-douzaine viennent déjà du camp d'en face. « On ne peut quand même pas faire un gouvernement de gauche », prévient Claude Guéant, le secrétaire général de l'Élysée. L'ouverture peut aussi faire des dégâts. « Il faudrait la faire, y compris jusqu'aux sarkozystes », grinça, un jour, Patrick Devedjian, alors patron de l'UMP.

Déjà expérimentée par Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, elle doit être pratiquée avec modération. Elle permet de déstabiliser l'adversaire, mais pas de gagner beaucoup de voix. Elle facilite la pédagogie de réformes délicates, mais mécontente les prétendants à une nomination. Elle peut servir ¯ ce que se dit Nicolas Sarkozy ¯ à faciliter une sortie de crise socialement périlleuse après des mois de résignation que la gauche ne parvient pas à convertir en contre-projet. Aujourd'hui, on ne se bat plus pour une autre politique ; on menace de faire sauter son usine pour obtenir de meilleures indemnités de licenciement. Inquiétant.

L'idée de grand emprunt, au-delà de la nomination de Michel Rocard et d'Alain Juppé, est aussi une forme d'ouverture visant à impliquer les Français dans les grands choix nationaux. Le ton plus consensuel du président de la République confirme cette volonté de rassembler face à un avenir incertain. Les élections européennes, quoique gagnées par l'UMP, ont montré que la majorité reposait sur un socle électoral un peu étroit.

Heureusement pour elle, l'opposition pratique la... fermeture. Martine Aubry, à travers sa lettre à ses ex-partenaires, rêvait-elle de rabibocher la gauche plurielle ? En fait de main tendue, faute d'entretenir des échanges réguliers, elle se fait taper sur les doigts par les écologistes, les Radicaux et le Parti de Gauche.

Daniel Cohn-Bendit, qui surestime sans doute son score aux régionales de 2010, considère que l'élan des européennes autorise les Verts à se présenter seuls. En claquant la porte à un PS toujours suspecté de lorgner vers le MoDem, l'ex-socialiste Jean-Luc Mélenchon donne un gage pour une aventureuse alliance avec Olivier Besancenot.

Martine Aubry doit se sentir encore plus seule quand elle voit le peu d'entrain de ses troupes à s'inscrire à l'université d'été de La Rochelle. Mais l'autoritarisme n'est pas une réponse. Manuel Valls, qui dit vrai mais va loin dans le masochisme public, ne sera pas la principale victime de l'avertissement dont il vient d'être le destinataire.

Bref, chacune de ses initiatives sonne comme un aveu d'impuissance. Depuis le congrès de Reims, elle n'a réussi ni le test électoral des européennes ni le pari du « leadership » qui ferait taire la cacophonie ; on ne voit ni élargissement populaire du parti ni construction programmatique. Il faut alors analyser la distance calculée de Ségolène Royal et son activisme en Poitou-Charentes ¯ qu'elle n'a pas le droit de perdre si elle veut survivre ¯ comme une manière de se positionner en recours.

À mi-mandat, la droite n'est pas complètement sûre de gagner en 2012 et la gauche pas totalement certaine de perdre. Mais on sent bien que l'avenir appartient à celui qui, entre autres, saura s'ouvrir rapidement aux autres.

Michel Urvoy

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