Le danger Front national reste une réalité

Publié le par PRG

L'Humanité le 2o Juillet

Extrême droite . Une étude de l’IFOP sur les résultats du FN à Hénin-Beaumont montre une stratégie nouvelle de celui-ci pour surfer sur la crise.

Après le soulagement, les questions. La satisfaction était palpable à Hénin-Beaumont, dimanche 7 juillet au soir, quand la liste de gauche conduite par Daniel Duquenne battait, avec 52,38 % et 6 054 voix, celle du Front national de Steeve Brios et Marine Le Pen, avec 47,62 % et 5 504 voix. Mais l’événement fut d’abord le fait que le Front national, avec 39,33 % des voix au premier tour, soit arrivé largement en tête et aux portes de la mairie. Pourquoi et comment une telle situation dans cette ville ouvrière, ancrée à gauche depuis tant d’années ? Ce sont ces questions que l’IFOP, avec son département opinion et stratégie d’entreprise, a, pour le compte de la Fondation Jean-Jaurès, analysées dans une étude qui vient d’être rendue publique sous le titre « Front national : dans le Nord la flamme n’est pas éteinte ».

Pour les auteurs, dont Jérôme Fourquet, son responsable, « cette poussée du FN n’est pas une surprise car toutes les conditions étaient réunies ». Et de mettre en avant ce triptyque : la crise et la gravité extrême des difficultés économiques dans ce bassin ouvrier aux populations modestes ; la perte de crédibilité des forces politiques traditionnelles avec, en particulier, la faillite de la ville et l’incarcération de l’ancien maire socialiste, Gérard Dalongeville, pour malversation ; enfin, une implantation de longue date de militants locaux du FN, fils et petits-fils de mineurs, de syndicalistes, et même de communistes pour certains, développant un travail de terrain tout en « gommant les aspects les plus radicaux de l’idéologie frontiste ». En passant, lors des premiers tours, de 28,5 % à 39,3 % de mars 2008 à juillet 2009, le FN parvient à gagner de nouveaux électeurs alors que globalement celui-ci recule dans toutes les régions, Certes, de façon moindre dans celle du nord-ouest, terre où les effets de la crise sont les plus durs pour les familles. Cette progression du FN à Hénin-Beaumont est enregistrée dans toutes les strates de la population, alors qu’en 2008 le FN faisait ses meilleurs scores « chez les hommes et dans les foyers ouvriers ». Au premier tour, l’ensemble des listes de gauche faisait 6 186 voix et 54,25 % et toutes les droites 5 217 voix et 45,75 %. Entre les deux tours, la gauche perd 132 voix et 1,87 % et le FN gagne 287 voix et 1,87 %, témoignant des ressources électorales de ce dernier. Pour les auteurs de cette étude, cette « dynamique locale » s’est appuyée sur la figure « charismatique de Marine Le Pen », sur un « appareil militant », mais aussi sur un discours renouvelé. Les responsables du Front national prennent en compte le fait que « le sentiment de ces populations est d’avoir été abandonnées par les pouvoirs publics et laissées seules et sans protection face à la mondialisation ». En se positionnant « sur le terrain de la colère sociale » et en laissant « à l’UMP la sécurité et l’immigration », le Front national, affirme Jérôme Fourquet, ambitionne « de se créer un nouvel espace politique, sur un terrain aujourd’hui occupé par la gauche ». Marine Le Pen pouvant être l’image de cette nouvelle stratégie « sur ces terres du Nord et de Picardie frappées par la crise », et demain au plan national. Quoi qu’il en soit, le danger du Front national n’a pas disparu avec sa défaite le 7 juillet, à Hénin-Beaumont.

Max Staat

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