VIème République : (re)prenons l’initiative par le président de la fédération PRG de l'Aube

Publié le par PRG

Par Marc Bauland, Président de la  fédération de l'Aube.2006

 On a pensé que le 21 avril 2002 était un séisme. Ce n’était en réalité qu’un coup de semonce. Le vote du 29 mai 2005 accrédite l’idée que la France se trouve dans une séquence de crise politique et institutionnelle majeure.

Depuis longtemps déjà les radicaux ont soulevé le problème : l’élection présidentielle polarise à outrance la vie politique de notre pays, monopolisant le temps médiatique au détriment du nécessaire débat de fond sur l’action politique et ses enjeux.

Il en ressort un doute général sur la nature même du politique. Un discrédit profond affecte le sommet de l’Etat, envisagé comme un théâtre d’affrontement permanent entre des coteries plus préoccupées de se positionner dans les écuries des présidentiables que de résoudre les problèmes réels et concrets auxquels la population est quotidiennement et injustement confrontée.

Ainsi, le vote du 29 mai exigeait une réponse adaptée au malaise de nos concitoyens. Mais dans les institutions de la 5e République, le président, seul véritable initiateur de l’action gouvernementale, n’est pas directement responsable de sa politique devant la représentation nationale. Chaque scrutin organisé depuis 2002 a exprimé le désaveu cinglant de l’action d’une droite ultra majoritaire restée sourde aux attentes des citoyens. Ils n’ont eu pour toute réponse qu’un jeu de chaises musicales au gouvernement.

Dans les institutions de la 5e République telles qu’elles fonctionnent aujourd’hui, le premier ministre est une sorte de super directeur de cabinet s’efforçant de délivrer un vague discours volontariste tout en contenant les ambitions d’un Nicolas Sarkozy trop pressé. Le ministre de l’intérieur et président de l’UMP, avoue d’ailleurs sans ambages devant des parlementaires médusés que, depuis la place Beauvau, il lui sera plus facile de contrôler les officines qui tentent, dit il, de le déstabiliser. Chacun sécurise son pré carré avant de se lancer sans doute très tôt dans la course à la présidentielle.

Au terme d’une campagne passionnée, où le goût de la politique et peut être la part de rêve l’ont sans doute emporté, mais au détriment de la raison, le verdict des électeurs a été sans appel. Il n’est plus temps de refaire le match, sauf peut être à constater qu’à gauche également, les ambitions présidentielle ont pu prendre le dessus. La gauche en sort morcelée, et le peuple de gauche écartelé entre les utopistes et les réformistes, éthique de conviction et éthique de responsabilité...

Dans ce contexte, que peut le PRG ?

Un premier constat s’impose : nous sommes aujourd’hui légitimes à intervenir dans le débat institutionnel. Notre histoire n’est elle pas intimement liée à celle de la République ? Nous nous inscrivons dans le sillage de Pierre Mendès France, qui proposait dès 1962 dans La République moderne une vision radicale de la démocratie, fondée sur la moralisation de la vie politique, la réforme des modes de scrutin, l’établissement de la démocratie participative conçue comme « l’action continuelle des citoyens sur les affaires de l’Etat, de la région, de la commune, de la coopérative, de l’association, de la profession. ». C’est l’évidente modernité de cette vision qui s’impose aujourd’hui.

En 2000, anticipant l’impasse dans laquelle nos institutions étaient engagées, et conscients que la simple réduction du mandat présidentiel à cinq ans ne suffirait pas à redonner à nos concitoyens la confiance dans l’action politique, les députés et les sénateurs radicaux avaient déposé une proposition de loi constitutionnelle tendant à la mise en place d’une 6e République en 70 articles. En 2002, prenant acte de la réponse exceptionnelle qu’exigeait la crise ouverte par le 21 avril, les radicaux de gauche ont remis leur projet sur l’ouvrage, ouvrant leur convention à des élus républicains au-delà de leurs rangs, pour envisager comment réformer nos institutions et penser différemment la politique.

Entretemps, l’idée de 6e République a fait son chemin hors de notre enceinte. Arnaud Montebourg, avec sa Convention pour la 6e République (C6R) et dans le courant NPS, a instruit le procès du système. Jack Lang lui a emboîté le pas, se ralliant à l’idée que la 5e République a vécu. Pour autant, la 6e République ne figure toujours pas au programme du Parti socialiste.

A quoi bon, dans ce cas, ressortir notre projet des cartons puisque d’autres s’en seraient emparés avec plus ou moins de bonheur ?

La 6e République restera un mot tant qu’on se contentera de l’invoquer. Chaque mesure nécessite, on le sait, un examen critique, rigoureux et argumenté afin d’être comprise, et peut-être admise par tous. Le Parti radical de gauche débat depuis longtemps de ces différentes options : Comment mettre fin aux incohérences d’un exécutif bicéphale ? Comment mettre un terme à l’omniprésence stérilisante de la course à l’Elysée dans le débat public ? Comment améliorer les attributions du Parlement et le conforter dans son rôle d’élaboration et de contrôle de l’action publique ? Le PRG a des solutions à proposer. Et il est à ce jour le seul parti politique à avoir inscrit officiellement la 6e République à son programme.

Une réforme de cette importance nécessite, sinon le consensus, du moins une très large adhésion dans les formations politiques comme dans la population. C’est l’occasion de renouer le dialogue avec nos partenaires de gauche, y compris ceux avec lesquels la question sur l’avenir des institutions européennes nous avait opposés. Le peuple souverain, dans son vote du 29 mai, a signifié sa volonté de renouveler le pacte républicain, de rénover les principes même de la démocratie représentative. Il demande plus de démocratie et de transparence. A nous de le prendre au mot. Une chose est sûre : il n’a sans doute jamais été aussi sensible au débat institutionnel.

Nous disposons depuis le dernier Comité directeur d’échéances claires et lisibles. Notre Université d’été sera l’occasion de déterminer les grandes lignes de notre projet et de porter le débat dans nos fédérations jusqu’à la convention de janvier 2006. Aussi, l’atelier sur la 6e République de l’Université d’été ne doit-il pas être une simple table ronde de plus, ni être une simple opportunité et sans plus ... Envisageons-le comme un moment fort de la rentrée qui nous permettra de reprendre l’initiative. Définissons des perspectives claires afin d’investir cet espace politique dès l’automne. Soyons les réformateurs souhaités par les citoyens.

Les conclusions issues de cet atelier permettront de valoriser le réformisme, l’humanisme et la modernité du radicalisme, au sein de la gauche et dans l’opinion publique. Elles déboucheront également sur l’élaboration de documents, d’argumentaires et outils de communication qu’il nous appartiendra ensuite de diffuser le plus largement possible. Soyons militant radical plus que jamais !

Cette fois, les radicaux de gauche n’ont pas seulement rendez-vous avec l’Histoire. Ils ont également rendez-vous avec des citoyens hagards et désenchantés de la politique. Prenons date !

 

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Publié dans tribune libre

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