Le Parlement autorise le maintien des troupes françaises
Le Monde le 23 septembre 2008
Les députés et les sénateurs ont validé, lundi 22 septembre, le maintien des troupes françaises sur le sol afghan. A l'Assemblée nationale, la déclaration du gouvernement a été approuvée par 343 voix contre 210.
L'UMP a voté pour (à l'exception de 2 contre et 3 abstentions), ainsi que le Nouveau Centre et 4 non-inscrits, dont François Bayrou (MoDem). Le groupe socialiste et radical a voté contre (à l'exception de 8 pour et 5 abstentions) ainsi que la Gauche démocrate et républicaine (PCF et Verts). Le Sénat a approuvé par 209 voix contre 119.
Le président de la République, Nicolas Sarkozy, avait adressé à François Hollande (PS), Jean-Michel Baylet (PRG) et aux présidents des groupes parlementaires socialistes (Le Monde du 21-22 septembre) une lettre indiquant qu'il jugeait "particulièrement important que la représentation nationale exprime à nos soldats et au peuple afghan (un) soutien clair".
Cet appel au consensus est resté vain, le scrutin de lundi, au terme d'un débat convenu, apparaissant plus comme un vote de précaution qu'un choix d'orientation. Le PS a voté non tout en disant oui au maintien des troupes. L'UMP a voté oui tout en souhaitant une "clarification" de la stratégie et une "évaluation régulière" des résultats. Nul, d'ailleurs, n'a songé à manifester une satisfaction appuyée à l'issue du débat, hormis celle d'avoir réussi à préserver, peu ou prou, l'unité de ses troupes parlementaires.
L'essentiel de la déclaration que le premier ministre, François Fillon, a lue d'un ton monocorde était contenu dans la lettre de M. Sarkozy aux responsables socialistes. Il y répondait point par point à leurs interpellations.
Le débat dans l'Alliance atlantique sur le sens de l'engagement commun ? "Une remise en perspective était nécessaire, écrit le chef de l'Etat. Mais pour que le message de la France soit entendu, encore fallait-il que son engagement soit au moins à la hauteur de celui de ses principaux alliés."
L'établissement d'un calendrier ? "Nos responsabilités font que nous resterons aussi longtemps que nécessaire et si le gouvernement démocratique d'Afghanistan le souhaite", répond M. Sarkozy, pour qui "un calendrier artificiel ne ferait que servir les intérêts des terroristes". L'élargissement de la coalition ? "Comme vous, je souhaite que d'autres pays rejoignent les quarante pays déjà présents, dès lors qu'ils auraient les moyens militaires nécessaires", écrit-il.
Des réponses jugées insuffisantes par les dirigeants du PS. Réunis en fin de matinée avant le débat, les députés socialistes n'en ont pas moins longuement débattu de la position à adopter. Jean-Marc Ayrault, le président du groupe, a défendu un vote négatif. Comme il devait l'exprimer dans son intervention à la tribune, "si nous acceptons une escalade sans fin de la guerre, si nous continuons de nous enliser dans un logique militaire qui échoue, alors soyons sûrs que, tôt ou tard, nous serons forcés de plier bagage".
Pas question, donc, de donner un "blanc-seing" au président de la République, pas plus que d'exiger le retrait des troupes françaises, comme le demandent le PCF, les Verts ou l'extrême gauche. Plusieurs intervenants ont émis des craintes quant à la clarté du message du PS. "Je ne doute pas de la légitimité de l'action que nous menons", a pour sa part affirmé M. Fillon, se disant persuadé que "l'échec n'est pas une fatalité".
Le chef du gouvernement a profité de l'occasion pour annoncer l'envoi de moyens supplémentaires en Afghanistan : trois hélicoptères (un Caracal et deux Gazelle) deux mortiers de 120 mm, une demi-douzaine de drones SDTI, des moyens d'écoute et une centaine de soldats.