Courts-circuits vie privée-vie publique: victimes ou prévenus, les politiques au tribunal
PARIS, 19 octobre 2008 (AFP) - Jeux des officines, couacs vie privée-vie publique, courts-circuits entre argent et charges d'Etat: les responsables politiques sont à nouveau fréquemment cités à la chronique judiciaire, pour rendre des comptes ou en réclamer.
Clearstream, espionnage de Besancenot, carnets d'Yves Bertrand, intrusions en tous genres... Les affaires, qui oscillent entre le statut d'affaire d'Etat et des catégories plus anecdotiques, ont pour point commun de conduire un grand nombre de responsables politiques devant les tribunaux, tantôt en victimes tantôt en prévenus.
Dans l'affaire Clearstream, le parquet vient de requérir le renvoi en correctionnelle de Dominique de Villepin alors qu'on pensait le dossier en voie d'extinction. Ce rebond judiciaire très mal vécu par l'ancien Premier ministre a relancé parmis ses proches les soupçons de "pressions" sur la justice, avec pour effet possible l'absence d'un retour rapide de l'intéressé dans le jeu politique.
Effet collatéral de l'affaire Clearstream, la saisie des "carnets secrets" d'Yves Bertrand, ex-patron des RG, dont Le Point a publié des extraits, a suscité l'effervence dans le milieu politique.
Plusieurs responsables ont vu en effet des aspects de leur vie privée ou présumés tels étalés sur la place publique. Alors que M. Bertrand évoque lui-même des ragots non vérifiés, consignés dans des "brouillons" qui n'avaient pas vocation à être publiés, le président Nicolas Sarkozy a déposé plainte jeudi "pour dénonciation calomnieuse".
Arnaud Montebourg (PS), lui aussi évoqué dans les carnets, a chargé son avocat "de déposer auprès du procureur de la République une demande de poursuites pénales" contre M. Bertrand.
Il a dénoncé à cette occasion "des manipulations de basse politique comme instruments de discrédit et de mise en cause de responsables politiques", imputées au "pouvoir de l'époque".
Lui aussi mis en cause, Charles Pasqua va également porter plainte.
L'ancien ministre figure par ailleurs, au nombre des prévenus du procès de l'Angolagate, une affaire de trafic d'armes vers l'Angola organisée de 1993 à 1998 depuis l'Europe de l'est et assortie de pots de vins.
Autre affaire trouble, l'espionnage dont a été victime le chef de file de la Ligue communiste révolutionnaire, Olivier Besancenot, avec en toile de fond la polémique sur les effets du Taser, le pistolet à impulsions électriques qui équipe les forces de l'ordre.
Alors que le directeur de Taser France a été est mis en examen pour avoir commandité l'espionnage de M. Besancenot, les deux hommes se retrouvent lundi au tribunal de Paris: le leader de la LCR est assigné pour avoir affirmé que le Taser avait fait des morts aux Etats-Unis, sur la foi d'affirmations d'Amnesty international, ce que conteste le fabricant.
M. Besancenot sera notamment défendu par Noël Mamère.
Victime d'un cambriolage le 27 juin, le troisième en quelques années, Ségolène Royal, elle, s'impatiente. Jean-Pierre Mignard, son avocat, a fait savoir à l'AFP qu'il allait demander cette semaine la désignation d'un juge pour faire avancer l'enquête.
Nicolas Sarkozy, enfin, vient lui aussi de subir une intrusion dans sa vie privée, victime d'escrocs qui ont effectué des prélèvements sur son compte personnel après s'en être procuré les coordonnées. L'affaire a été révélée par le Journal du Dimanche, selon lequel le président a déposé plainte courant septembre. Le dossier est entre les mains du procureur de Nanterre Philippe Courroye, qui a confié les investigations au 36 Quai d'Orfèvres et à la Brigade financière.