L'auteur du Tout sauf Ségolène, du Tout sauf le PRG, du Tout sauf Chevènement? Lionel Jospin!
C'est ce que déclarait Julien Dray, proche de Ségolène Royal, très en colère lundi...
Pour Julien Dray, la chose est claire : les dirigeants du PS ont voulu éliminé Ségolène Royal avant d'exposer des idées lors du congrès de Reims. "L'auteur de tout ça, il est très simple, il porte un nom, Lionel Jospin et il l'a écrit dans L'impasse. Il a dit il faut tourner la page. Il a donné le livre de conduite qui conduit à ça", déclarait-il en colère...
Lionel Jospin qui s'était retiré "définitivement" de la vie politique le 21 avril 2002, alors que le PS n'arrivait pas au second tour de la présidentielle au profit de Jean-Marie Le Pen face à Jacques Chirac.
Après des années de:
- délaissement des quartiers populaires, des usines, des ouvriers
- quantité de privatisations
- de laisser-aller sur les questions de la laïcité ou du communautarisme
- - de négation de la montée inexorable des violences urbaines
- - une incapacité du PS à refléter la diversité de la société française, notamment issue des banlieues
- - un mépris pour les organisations syndicales, notamment avec la 2e loi des 35 heures brutalement imposée
- - la négation de la faiblesse dramatique de ces mêmes syndicats
- - la non compréhension de la montée en puissance de l'abstention
- - une campagne désastreuse enfin de Lionel Jospin, incapable de rassembler à sa gauche qui s'effondrait arithémtiquement,
Après tous cela, il aurait fallu tout repenser, tout revoir.
Rien ne fut fait par les dirigeants d'alors... De fiascos - sur l'Europe notamment - en synthèses molles entre irréconciliables, par Hollande, et en victoires locales ou régionales, la question du retour d'une gauche crédible au niveau nationale ne fut pas ou fut mal posée.
Lionel Jospin n'a jamais tenté d'élucider les raisons du désastre du 21 avril 2002, accusant tour à tour Chevènement ou Taubira. Les jeunes du PS fondèrent des courants mais jamais ne purent s'imposer au parti...
Or, Ségolène Royal, quitte à heurter les,bureaux de Solférino, s'est efforcée de faire ce bilan et de tirer les conséquences de 2006 à 2008. Elle sauva l'honneur de la gauche en arrivant au second tour de la présidentielle en rassemblant Chevènement et Taubira dès le 1er tour.
Elle en paiera un lourd tribut. Avant, pendant et après la campagne. Après avoir:
- renoué intelligemment avec syndicats et ouvriers.
Imposée la présence du PS dans les banlieues:
- revoir l'économie au prisme du partage des richesses, de l'écologie, de l'éducation etc.
- promouvoir un PS métissé parce que la France l'est aussi
- créer un parti populaire puissant et attrayant...
Parmi le flot de livres agressifs, injurieux qui s'abattirent sur elle, celui de Lionel Jospin fut le pire : L'Impasse.
Pour résumer, le 21 avril avait été un détail, le PS ne devait pas changer et surtout pas ses alliances, malgré l'effondrement dramatique des partenaires historiques de la gauche, l'insécurité devait rester un thème de droite, la valeur-travail aussi, la démocratie participative relevait du "populisme"...
La parenthèse Royal devait absolument et à jamais être refermée.
Voilà ce qui s'est tramé lors du pseudo-congrès de Reims.
Si la naïveté de certains les feront se poser la question : mais pourquoi donc Delanoë, après avoir affirmé le contraire, a appelé à voter "massivement" pour Aubry pour sauver "l'identité socialiste", ils devraient relire le livre de Jospin.
Et s'interroger : mais pourquoi Jospin a-t-il appelé avant le congrès à une alliance entre Delanoë et Aubry avant de disparaître quitte à ne pas voter pour son poulain le maire de Paris?
C'est qu'il fallait sauver les apparences et ne pas dévoiler le véritable enjeu du Congrès : éliminer l'ex-candidate à la présidentielle, réhabiliter le jospinisme - pourtant responsable du 21 avril 2002 - et garder le parti tel qu'il est, qu'il a été et qu'il devra rester.
François Mitterrand doit se retourner dans sa tombe face à ce spectacle odieux, face à cette génération qu'il avait forgée -ses sabras - qui continueront toujours à s'étriller si Ségolène Royal ou, qui sait, Benoît Hamon ne deviennent pas 1ers secrétaires du parti qu'il a fondé. Sans cela la désignation du prochain candidat aux présidentielles donnera lieu à une énième "guerre des chefs"...
Lionel Jospin a échoué, relativement, avec le mauvais score de la motion de Bertrand Delanoë et l'arrivée en tête de celle de Ségolène Royal.
Il a gagné une 2e manche secrète, celle des coulisses, des salles obscures et des combines, en ayant peut-être obtenu le ralliement inconditionnel de Delanoë à Aubry - son ancienne ministre - et le refus de tout dialogue avec la motion gagnante...
Lionel Jospin, le jospinisme, cette génération qui pleurait le soir du 21 avril 2002, plus divisée que jamais, maintenant en son sein les vieux courants - fabiusiens, strauss-khaniens, libéraux-sociaux, libertaires, sociaux-démocrates, démocrates-chrétiens - , tous ces gens vont-ils gagner l'ultime manche : à savoir l'élection de Martine Aubry le 20 novembre 2008?