Les sénateurs radicaux de gauche pourraient se rapprocher des centristes
PARIS, 19 décembre 2008 (AFP) - Au Sénat, les radicaux et les centristes
envisagent de rapprocher leurs groupes, afin de peser davantage dans une
Haute Assemblée où l'UMP n'a plus la majorité à elle seule.
Vingt-neuf sénateurs siègent dans le groupe Union Centriste (UC), présidé
par Michel Mercier, un fidèle de la majorité présidentielle, et où
cohabitent Nouveau Centre, MoDem et, autour de l'ancien ministre Jean
Arthuis, nostalgiques de l'UDF.
Le groupe RDSE (Rassemblement Démocratique et Social Européen) est composé
de 17 sénateurs issus, depuis les élections de septembre, majoritairement
du PRG.
Il rassemble des personnalités aussi diverses que Jean-Pierre Chevènement
(MRC), Michel Charasse, figure de la "Mitterrandie" ou Aymeri de
Montesquiou (Parti radical, associé à l'UMP).
"Avec le président Mercier, nous avons réfléchi à ce que pourrait être un
jour l'architecture d'un grand groupe basé sur la philosophie du RDSE,
avec des principes fondateurs républicains, laïcs, de dialogue, sans
sectarisme", a déclaré à l'AFP le chef de file des radicaux, Yvon Collin.
Car "la politique, ce n'est pas de se cantonner dans sa bulle", a-t-il
souligné, observant les votes "souvent critiques" de l'UC, située à côté
des radicaux dans l'hémicycle.
La majorité du groupe RDSE avait pour sa part voté en juillet le projet de
réforme des institutions.
"Nous pourrions peut-être un jour constituer un groupe charnière, qui
pourrait peser de tout son poids dans une assemblée qui se bipolarise un
petit peu", a souligné M. Collin. "L'avenir nous dira si un tel groupe est
faisable".
"Le projet en est encore à ses prémices", souligne également l'entourage
de Michel Mercier. Mais "si on veut éviter le bi-partisme UMP-PS, il faut
que les groupes du centre de l'échiquier, qui ont des choses en commun, se
rapprochent".
Au sein des deux groupes, le projet a ses partisans, mais les sénateurs
Nouveau Centre sont réticents.
"On est déjà avec le MoDem qui vote en gauche, on ne va pas en plus
ajouter les radicaux!", dit l'un d'eux. "Ce n'est pas d'actualité",
affirme-t-il, repoussant toute perspective de rapprochement aux
sénatoriales de 2011.
La sénatrice MoDem Jacqueline Gourault fait en revanche remarquer qu'un
tel projet cadre bien avec la démarche de François Bayrou, qui "a toujours
eu dans l'idée de construire un rassemblement, avec un centre
indépendant". "Dans nos deux groupes, on a la liberté de vote, et nos
positionnements politiques ne sont pas si éloignés que ça",
argumente-t-elle.
Jean Arthuis se dit "prêt à étudier" cette perspective. Atteindre la
taille critique "peut être un moyen de porter plus efficacement nos
idées", estime-t-il, bien qu'ayant "quelques interrogations".
"Notre engagement européen est très affirmé. C'est différent au RDSE",
souligne le sénateur de Mayenne.
Au RDSE, le valoisien Aymeri de Montesquiou, vice-président du groupe, ne
voit "pas de raison d'attendre" pour réaliser ce projet.
"Beaucoup de maires divers-droite et divers-gauche (NDLR: comptant parmi
les "grands électeurs" des sénateurs) "ne se retrouvent ni dans l'UMP ni
dans le PS", remarque-t-il. Pour lui, le projet "s'intègre bien dans
l'esprit du Sénat, qui est beaucoup moins manichéen que l'Assemblée
nationale".
"Je ne serai jamais centriste mais j'adhérerai à un groupe républicain. Je
ne veux aller ni à l'église, ni à la synagogue, ni à la mosquée", lance M.
Charasse.