Hôpital: les syndicats dénoncent la pénalisation des soignants et des moyens insuffisants
PARIS, 26 décembre 2008 (AFP) - La mise en garde à vue d'une infirmière, après la mort d'un enfant dans un hôpital parisien, illustre la pénalisation croissante des affaires de responsabilité médicale, qui peuvent aussi être liées à un manque d'effectifs, s'inquiètent des syndicats de professionnels.
La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a regretté vendredi "la récupération d'un drame aussi épouvantable" que la mort d'un enfant à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris (XIVe) consécutive à une perfusion erronée, réagissant aux déclarations du président de l'Amuf (médecins urgentistes), Patrick Pelloux, qui a demandé sa démission.
M. Pelloux avait souligné jeudi que l'infirmière mise en garde à vue, avant que le parquet n'ouvre vendredi une information judiciaire pour "homicide involontaire", était le troisième "lampiste" en position d'accusé après la mort d'une personne.
Il faisait référence au "limogeage", "sur ordre" du président Nicolas Sarkozy, du directeur d'un hôpital après la fugue d'un malade mental qui avait mortellement poignardé un homme en novembre, et à "l'affaire de Valence où on a accusé pendant tout un week-end" d'octobre "un médecin d'avoir assassiné une vieille dame alors qu'il avait fait son job".
Pour plusieurs syndicats de médecins et infirmiers, la mise en garde à vue de l'infirmière n'est pas forcément le meilleur moyen de comprendre ni, surtout, de limiter les erreurs de ce type à l'avenir.
Au plan politique, cette garde à vue a été qualifiée d'"inhabituelle" tant par le président de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Jean-Marie Le Guen, également député PS, que par l'UMP.
Soulignant l'insuffisance à ses yeux de fonds publics accordés aux hôpitaux, Sud, deuxième syndicat de l'AP-HP, craint qu'"accepter de travailler en sous effectif, en cumulant ses repos, expose les soignants à être mis en garde à vue", ce qui pourrait conduire "à faire taire les erreurs, de peur d'être mis en cause".
Cette tendance à transformer en "question individuelle" un phénomène qu'il faudrait, selon plusieurs syndicats, inscrire dans un contexte global de réduction de fonds publics et d'effectifs au nom de la "productivité" de l'hôpital, est d'autant plus critiquée par des professionnels qu'ils affirment ne pas être entendus par le gouvernement.
Ainsi, pour les anesthésistes du SNPhar, "l'erreur humaine reste toujours possible", mais "le contexte actuel des hôpitaux, soumis à des tensions que dénoncent depuis longtemps nombre d'organisations professionnelles et syndicales, ne peut malheureusement qu'accroître ce risque".
Se disant "extrêmement sensible à un drame qui touche deux familles, celle du petit garçon, mais aussi celle de l'infirmière", Rose-May Rousseau, de la CGT, premier syndicat de l'AP-HP, a affirmé avoir prévenu l'AP-HP dès l'été sur l'insuffisance des effectifs en déposant "une procédure d'alerte pour danger grave et imminent".
"Les personnels courent dans tous les sens. Les temps de travail sont doublés parce que l'utilisation d'heures supplémentaires" pas toujours payées "pallie la suppression d'effectifs", selon elle.
"Nous avons les dépenses hospitalières les plus élevées du monde", a rétorqué Mme Bachelot, et "allons faire un nouveau plan d'investissement de dix milliards d'euros". "L'hôpital a besoin d'évolution pour une meilleur allocation de moyens qui sont, je dis, très importants", a-t-elle encore estimé.