L'UE tente de rester calme face à la nouvelle guerre du gaz Moscou/Kiev
BRUXELLES, 2 janvier 2009 (AFP) - Face au nouveau conflit gazier entre la Russie et l'Ukraine, l'Union européenne, forte de stocks de gaz importants, s'efforce de rester calme, mais les premières baisses de livraisons enregistrées vendredi risquent de lui faire hausser le ton.
Depuis le conflit russo-ukrainien de l'hiver 2005-2006 qui avait éveillé les Européens à leur dépendance envers la Russie, à l'origine de 40% de leurs importations gazières, et l'Ukraine, par laquelle transitent 80% des livraisons russes, l'UE a fait de la "sécurité énergétique" et de la diversification de ses fournisseurs d'énergie un leitmotiv.
Les disputes russo-ukrainiennes, devenues "rituelles", ne la prennent "plus par surprise", souligne l'analyste Andrew Wilson du Conseil européen pour les relations étrangères à Londres.
La Commission européenne parle depuis plusieurs semaines aux deux parties. Après que Moscou eut coupé jeudi ses livraisons de gaz destinés aux besoins internes à l'Ukraine, Bruxelles surveillait la pression dans ses gazoducs reliés à l'Ukraine.
Vendredi, les importateurs polonais et hongrois ont signalé pour la première fois une baisse de leurs livraisons.
La présidence tchèque de l'UE a réagi en demandant "une reprise immédiate des livraisons complètes de gaz aux pays membres" et "une solution urgente" à la dispute russo-ukrainienne.
Elle avait préalablement annoncé pour lundi une réunion des ambassadeurs adjoints des 27 pour "échanger des informations" et "coordonner la réponse" de l'UE sur ce dossier.
La Commission a néanmoins évité de blâmer l'une ou l'autre partie, parlant d'"irrégularités" dont il faut "définir la cause" et "analyser comment elles sont compensées".
Elle a souligné que les consommateurs finaux n'étaient pour l'instant "pas affectés".
Cette modération s'explique notamment par des stocks commerciaux actuellement importants.
Mais l'UE veut aussi se montrer "plus équilibrée" qu'en 2005-2006, explique Andrew Wilson.
Elle ne perçoit plus les Ukrainiens - qui ont maintenu la société RosUkEnergo, intermédiaire réputé "corrompu" mais incontournable de la vente du gaz russe vers l'UE - comme des victimes sans reproche d'une politique autoritaire russe.
L'influence de RosUkEnergo, décriée par le Premier ministre Ioulia Timochenko et que des rumeurs disent proche du président Viktor Iouchtchenko, témoigne des divisions politiques qui secouent cette ex-république soviétique, souligne l'analyste. Divisions qui sapent ses espoirs de se rapprocher rapidement de l'UE, en attendant une promesse d'adhésion.
Avec Moscou, l'UE voudrait éviter de raviver les tensions qui ont suivi le conflit géorgien d'août.
Depuis la brève interruption des livraisons vers l'UE de janvier 2006, Moscou veut restaurer sa réputation de fournisseur "fiable". D'autant qu'ont repris les négociations sur un partenariat renforcé UE-Russie dont les Européens attendent plus de prévisibilité russe en matière énergétique.
Les efforts de Moscou pour augmenter les prix de ses livraisons à Kiev sont par ailleurs affaiblis par la chute des prix mondiaux des hydrocarbures, souligne Andrew Wilson.
Kiev et Moscou rivalisent eux de justifications auprès des Européens. Une délégation ukrainienne a entamé vendredi une tournée dans l'UE, et le vice-président de Gazprom, Alexandre Medvedev, pourrait faire de même à partir de samedi.
L'UE pourrait-elle arbitrer le conflit s'il dure?
Un porte-parole tchèque a indiqué vendredi que Moscou et Kiev devaient régler leur différend "sans l'engagement de pays tiers".
Mais le Premier ministre Mirek Topolanek n'a pas exclu que l'UE puisse "jouer un rôle de médiateur".
Pour Andrew Wilson, l'UE est seule "capable de rassembler tous les intérêts divergents" et pourrait "relancer l'idée d'un consortium commun" Russie/Ukraine/UE pour gérer le transit du gaz russe.