Alain Dutoya: Disparition d'un radical humaniste
Sud Ouest le 21 Mars 2009
ALAIN DUTOYA. Le politique de 75 ans est mort jeudi à Bordeaux. Il a été 24 ans maire d'Hagetmau et 43 ans conseiller général
Alain Dutoya vient de décéder à l'âge de 75 ans. Il fut, d'abord et avant tout l'incarnation de la gauche radicale humaniste, dans un compagnonnage parfois tumultueux mais plus souvent fructueux avec les gros bataillons levés par le Parti socialiste à partir de la fin des années 70.
Très tôt captivé par l'action publique, il fut, à Paris, au début des années cinquante, l'un des principaux dirigeants de l'Unef. Cela lui valut notamment de conduire une délégation en visite dans la Russie stalinienne puis en tant que responsable national des jeunes radicaux, il côtoya de très près Pierre Mendès-France (au cabinet duquel il rencontra celle qui allait devenir son épouse), Edgard Faure et même Edouard Daladier dans la dernière phase de la vie politique de ce dernier. C'est alors qu'il s'initia de très près aux arcanes de la vie politique.
Début avec Mendès-France
Devenu jeune maire d'Hagetmau (c'était en 1971 et il le restera jusqu'en 1995), il incarna le mouvement radical et laïc face à la figure tutélaire de son voisin de Saint-Sever alors député de la Chalosse, Jean-Marie Commenay, représentant virulent de la famille du centre droit catholique.
Ingénieur de formation, Alain Dutoya aura été pratiquement toute sa vie un homme politique. Les circonstances et notamment l'irruption en 1978 sur cette troisième circonscription d'Henri Emmanuelli lui interdirent d'envisager des fonctions parlementaires, bien que régulièrement candidat aux Sénatoriales, mais il fut un très actif vice-président de la Région (1983-1986) aux côtés de Philippe Madrelle et d'André Labarrère.
Il fut pour Hagetmau un important novateur. Ses mandats, qui accompagnèrent le développement industriel du secteur de la chaise, furent notamment marqués par le développement de la cité verte, la construction d'une mairie-bunker, un concept à l'époque révolutionnaire. Il était parallèlement l'indéracinable conseiller général de ce gros canton d'Hagetmau (1961-2004).
Très innovant, il fut le premier à câbler sa ville, allant jusqu'à lancer une chaîne TV locale. Il avait également créé les « Rencontres d'Hagetmau » qui permettaient à ses administrés et au-delà de passer deux heures avec un invité de marque venu parler de sa vie, le premier d'entre eux étant Jean François Lemoine , le président de « Sud Ouest ».
Son dernier mandat fut marqué par deux polémiques. L'une portant sur son plan de rénovation du centre et sur le plan de circulation allant avec et l'autre, très médiatisée, sur son projet de créer à proximité de la Cité verte, un parc de crocodiles dont il rêvait d'en faire la nouvelle image de marque de la « Perle de la Chalosse ».
Mais la virulence des oppositions fit tomber ce projet, marquant du sceau de l'échec un élu entreprenant , habitué jusqu'alors à aller toujours de l'avant.
Décoré par Mitterrand
Chevalier de la Légion d'honneur, il fut aussi décoré de l'ordre national du Mérite par François Mitterrand lors de son second mandat. Une cérémonie qui eut pour cadre le palais de l'Elysée. Il fut symboliquement le serre-file de la liste de Bernard Tapie aux élections européennes de 94. C'est d'ailleurs par Hagetmau que Tapie, alors au faîte de sa gloire politique et sportive, avait commencé sa campagne.
Battu de peu mais de façon surprenante, par Serge Lansaman aux municipales de 95, il crut un temps rentrer dans le jeu en conservant haut la main son mandat cantonal. Mais un nouvel échec aux municipales scella définitivement son sort politique. Monique Lubin, en étant élue à sa succession à l'assemblée départementale, prit le dernier mandat d'Alain Dutoya qui devint alors président de la Régie départementale des transports des Landes. Il l'était toujours.
Ses nombreux amis d'Hagetmau lui rendront un hommage dans les prochains jours. Ce sera également le cas lundi matin au Conseil général.