Chômage : inscrits encore en forte hausse en mars, pas d'embellie avant 2010
PARIS, 27 avril 2009 (AFP) - Le nombre de Français pointant au chômage a encore fortement progressé en mars (+63.400 en métropole), selon un chiffre publié lundi, alors que le gouvernement prépare les esprits à ne pas voir le bout du tunnel en matière d'emploi avant la fin de l'année 2010.
Quoique "légèrement inférieure" à janvier et février, comme a fait observer la ministre de l'Economie et de l'Emploi Christine Lagarde, la hausse de mars porte à 2,44 millions le nombre de chômeurs inscrits à Pôle emploi en catégorie A (sans aucune activité) en métropole, soit +22,1% sur un an.
Mois après mois, on approche du demi-million de chômeurs de plus depuis le retournement brutal du marché du travail en août 2008 (+429.900).
En incluant les départements d'outre-mer (DOM), la catégorie A comptait fin mars 2,634 millions de personnes.
Mais au total, ce sont bien 3.480.700 chômeurs (3,7 millions avec les DOM) qui étaient inscrits à Pôle emploi, y compris ceux qui exercent une activité réduite (catégories A, B, C). Cela représente une hausse de +13,3% en un an.
Un tiers des chômeurs exercent en effet une activité réduite, souvent peu ou pas qualifiée et précaire, pour garder un pied dans le monde du travail.
Aucune embellie n'est à attendre avant fin 2010, dans l'hypothèse d'une reprise économique fin 2009, de l'aveu même du gouvernement, et le chômage menace de s'incruster, avec un réaugmentation du nombre de personnes inscrites depuis un an ou plus (1,131 million en catégories A, B et C).
Les gens démissionnent moins, passent directement de l'école à Pôle emploi (+22,9% de premières entrée sur un an), cherchent à reprendre une activité (+38,5%) et sont moins souvent radiés pour raisons administrative (-22,3%).
Les offres d'emploi collectées par Pôle emploi ont timidement progressé de 5,6% en mars par rapport à février (-24,1% sur un an) mais seulement dans la catégorie emplois "temporaires" et "occasionnels".
Pour les moins de 25 ans, auquel le gouvernement promet une relance des contrats aidés et de formation en alternance, la hausse s'est accélèrée en mars (+35,8% sur un an à 451.600 chômeurs en catégorie A, +50% pour les hommes).
Après les fins de CDD et d'intérim, la facture des plans sociaux a aussi commencé à tomber.
Qualifié de "pas catastrophique" mais de "pas bon non plus" par Mme Lagarde, le chiffre de mars correspond au ralentissement de l'activité et de l'embauche.
Même les cadres, plus à l'abri que les intérimaires, mais dont l'embauche est fortement corrélée au niveau des investissements, sont touchés.
Cette évolution revêt néanmoins un caractère inconnu par sa brutalité, selon la CFDT qui y voit un effet de l'explosion des contrats courts depuis les années 80 (intérim, CDD).
L'ampleur des inscriptions au chômage peut aussi être interprétée comme le signe d'une mutation économique, qui rend difficile de prévoir quels emplois seront créés après la crise.
"Patience", a dit Mme Lagarde, "les experts évaluent à quatre trimestres le décalage entre la reprise d'une économie (attendue dans le meilleur des cas d'ici la fin de l'année 2009, ndlr) et la reprise de l'emploi".
Au Medef aussi, on juge qu'il "va se passer longtemps avant que les Français sentent que cette crise n'est plus qu'un mauvais souvenir".
Signe de la confusion, l'assurance-chômage a renoncé provisoirement à chiffrer ses besoins de financement. Elle n'indemnise qu'un chômeur sur deux.