Hénin-Beaumont face à l’ambition du Front national
L'Humanité le 16 Juin 2009
Municipales . En proie à des querelles internes, le PS fait courir un risque au rassemblement républicain conduit par Pierre Ferrari.
In extremis, la machine à perdre est-elle enrayée ? À Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le Front national jubilait en constatant la division de la gauche pour tenter de conserver
une majorité municipale. Gérard Dalongeville, le maire PS, a été mis en examen pour détournement de fonds publics, faux en écriture et favoritisme. Il a été déchu et exclu de son parti. En démissionnant, une grande partie des élus de cette ville minière de 26 000 habitants ont souhaité créer de nouvelles conditions en tirant un trait sur la gestion du maire sortant. Le scrutin est prévu les 28 juin et 5 juillet.
Le contexte est cependant rendu quelque peu à haut risque par la présence de Marine Le Pen, élue d’opposition depuis 2008. Elle conduit, de fait, une liste où elle est placée en deuxième position derrière Steeve Briois, de couleur plus locale. L’ambition du parti lepéniste est d’emporter cette ville après les déboires que ce parti a connus dans les villes qu’il a un moment conquises dans le passé comme Vitrolles, Toulon ou Orange. Marine Le Pen en escompte en outre une légitimité au sein du Front national où elle brigue la succession de son père. En mars 2008, le FN avait obtenu dans une triangulaire au deuxième tour des municipales 28,83 % des suffrages, derrière la liste Dalongeville (51,94 %) mais devant le - divers gauche Daniel Duquenne (19,23 %). Implantée depuis les législatives de 2007, Marine Le Pen est confortée dans ses espoirs par le score du FN aux élections européennes où la liste a obtenu 27,92 % sur la ville, plus de 10 points devant le PS. La formation lepéniste mise sur la pérennisation des vieilles querelles internes à la gauche.
Une gauche où le PS est en proie à ses propres divisions. Un moment tentée par le combat, Marie-Noëlle Lienemann a jeté l’éponge. Le PS départemental était alors arc-bouté sur une liste qui aurait été conduite par le radical de gauche Daniel Mouton en tandem avec un jeune dirigeant socialiste de 27 ans Pierre Ferrari, tous deux anciens élus sur la liste Dalongeville. Le second avait toutefois contesté la gestion du maire, ce qui lui avait valu de se voir retirer sa délégation d’adjoint dès août 2008. De son côté, Daniel Mouton est contesté dans le PS local, jugé trop proche du maire sortant, en particulier dans la période de 2001 à 2005 où il aurait cautionné des choix inopportuns comme la hausse de 85 % des impôts locaux. Pour Hervé Poly, secrétaire départemental du PCF, et David Noël, dirigeant local, il ne s’agit plus de polémiquer sur cet épisode, mais de « se projeter dans la campagne avec une double volonté : celle d’abord de battre le FN, et celle de tourner la page définitivement de ces années noires qui ont meurtri dans leur fierté les habitants d’Hénin-Beaumont ».
Coup de théâtre jeudi soir à la limite du dépôt de candidature. Un Front républicain a réussi à se former, conduit précisément par Pierre Ferrari qui a courageusement décidé de s’affranchir du débat interne au PS pour conduire une liste, au-delà des intrigues d’appareils, allant du PCF au MoDem en passant par des militants socialistes exaspérés. Le PS ne présente finalement pas de liste et n’apporte son soutien à aucune des listes en présence. Le PCF a lancé un appel à toutes les forces de gauche et principalement au PS. Il demande « solennellement à Martine Aubry de sortir de son mutisme et de prendre toutes ses responsabilités en appelant sans aucune ambiguïté à voter pour la liste Ferrari ». À gauche, quatre autres listes concurrentes ont été déposées (les Verts, une liste divers gauche, celle d’un ancien maire ex-PS, et le NPA). À droite, l’UMP sera également en lice sous une étiquette divers droite.
Dominique Bègles