PS année zéro

Publié le par PRG

Le POINT le 22 Juin
Déclin. Enquête sur un parti décomposé.

Comme les civilisations, les partis sont mortels. A en croire certaines réflexions au sujet du Parti socialiste depuis sa débâcle du 7 juin, la survie du PS serait désormais en jeu.

 Ecoutons ses jeunes leaders, qui piaffent de construire autre chose : « Nous sommes à la dernière station-service avant le désert » (Arnaud Montebourg). « Le PS peut mourir » (Pierre Moscovici). « L’instant est grave, c’est la disparition que nous risquons. Le PS parle une langue morte. C’est minuit moins le quart avant la mort clinique du Parti socialiste », juge aussi Manuel Valls, qui se propose de sauver le mourant en se présentant aux primaires pour la présidentielle.

Fichtre ! Des anciens rejoignent leurs conclusions. Ainsi, Charles Fiterman, ancien ministre communiste, affirme : « Cela rappelle le déclin du PC. Le risque n’est peut-être pas celui d’une disparition, mais d’une rétrogradation du PS, qui ne serait plus le pôle central autour duquel doivent s’organiser les forces de progrès».

Alors, le Parti socialiste tel que l’avait bâti François Mitterrand est-il au bout du rouleau ? Comme tant de partis avant lui, peut-être a-t-il rempli sa mission historique-amener le PS au pouvoir sous la Ve République-comme le Parti radical-installer dans la durée une République démocratique et laïque-ou le Parti communiste-faire vivre l’illusion d’une société idéalement juste-avaient rempli la leur avant qu’ils ne sombrent au point de n’être que les ombres d’eux-mêmes : le Parti radical, qui avait dominé les IIIe et IVe Républiques, est coupé en deux et, selon la blague bien connue, pourrait se réunir dans une cabine téléphonique ; quant aux communistes, définitivement discrédités depuis la chute du mur de Berlin dont on va fêter le 20e anniversaire, il ne survit que par le talent d’un tribun venu d’ailleurs, Jean-Luc Mélenchon. L’Histoire a fait d’autres victimes, définitives cette fois-ci, comme le PSU, qui se saborda officiellement en 1990, sa vocation de départ-l’indépendance de l’Algérie-ayant été satisfaite depuis longtemps par un ennemi de l’extérieur, le général de Gaulle.

« Ils sont à poil.»

Où en est vraiment aujourd’hui le parti officiellement dirigé par Martine Aubry ? Il a connu tant de hauts et de bas que l’on hésite à sceller son sort. Mais il faut bien reconnaître que, depuis quelques années, et plus précisément depuis un certain 21 avril 2002, il a connu plus de drames que de joies. Est-il mort avec l’élimination de Lionel Jospin du second tour de la présidentielle ? L’accident était-il rattrapable ? Ou bien le corpus du PS avait-il été vidé de son contenu par ses cinq dernières années de gouvernement ? Le PS de Mitterrand, victime de son succès électoral, n’aurait-il plus rien à dire, et d’autant moins qu’aucune figure emblématique n’est là pour masquer le vide des idées ?

Les réponses des experts sont nuancées. Pour Marcel Gauchet, esprit indépendant s’il en est, c’est la question centrale : « Tout dépend des socialistes eux-mêmes. Ils sont à poil. Ils ont le choix entre constituer un grand parti de gouvernement de centre gauche ou crever. » Le constat est rude, mais non rédhibitoire. Ecoutons Gauchet : « On est dans une démocratie qui suppose l’alternance. La légitimité de Sarkozy ne s’étend pas, comme de Gaulle, à tout le pays. Il faut donc un parti d’opposition alternatif. Cela ne se crée pas à volonté. Ni le MoDem, ni le Front de gauche, ni les Verts ne peuvent l’incarner. La solution serait un mariage républicain entre François Bayrou, qui n’est pas un homme de parti, et le PS, qui n’a pas de leader. Ils pourraient ainsi devenir le vrai parti de gouvernement qu’ils n’ont jamais été. Jospin avait vaguement entrevu la mutation nécessaire puis a laissé tomber». Le PS pourrait-il mourir à petit feu comme le Parti radical ? « Sans doute pas. Le Parti radical a dû se confronter à la concurrence de deux puissances montantes, les socialistes, puis les communistes. Rien de tel aujourd’hui. Et le PS occupe un rôle essentiel dans le système : il est le seul à pouvoir produire un candidat à la présidentielle contre le sortant de droite. S’il est condamné, il prendra donc du temps à mourir. Mais le PS revu et corrigé par Mitterrand, c’est fini».

D’autres intellos sont moins pessimistes. Ainsi Jacques Julliard, qui juge-un peu vite ?-que « les grands partis ne meurent jamais » , tout en admettant que le PS n’a « ni leader qui l’incarne ni langage audible » . L’historien Jean-Pierre Rioux, tout en concédant que la moitié des partis d’avant-guerre avait disparu à la Libération, se veut également peu alarmiste : « La SFIO et le PC avaient alors ressuscité. Ceux qui vendent déjà la peau de l’ours en s’attendant à voir le PS, le MoDem, les radicaux ou telle autre formation de gauche ou du centre s’affaisser jusqu’à trépasser risquent d’avoir à attendre longtemps. Un parti ne meurt pas de mort subite ou de belle mort. Les plus forts survivent ou se font sphinx, les plus faibles agonisent en paix ou bénéficient de soins palliatifs»

Crise d’identité

Peut-être plus décapant, Pascal Perrineau, patron du Cevipof, s’interroge sur la mission du socialisme « dans une société postindustrielle et dans l’économie de marché ». Son diagnostic est sans appel : « Tant que l’on n’aura pas répondu de manière convaincante à cette question, le PS en France et les formations social-démocrates européennes auront du mal à s’en tirer. On observe une véritable crise d’identité du socialisme en ce début du XXIe siècle.»

Un des premiers à avoir compris qu’il fallait inventer autre chose, à l’heure où, même avant la crise, les droites pillaient allègrement les projets sociaux-démocrates, a été Laurent Fabius. Dès juin 2003, tirant les conclusions de l’éviction cuisante de Lionel Jospin de la présidentielle un an plus tôt et avant de s’embourber lui-même dans son impasse antieuropéenne, il proposait-sans être entendu-un projet « social-écologique » : « Une démarche authentiquement écologique doit devenir centrale dans la définition de nos politiques. La gauche doit relever le défi. Nous devons passer avec les Verts un contrat global» . Là encore, est-ce la droite, avec Nicolas Sarkozy, qui, après s’être repeinte en social-démocrate, va « voler » son possible projet alternatif à une gauche moderne ? Ce serait un comble. Mais le pire n’est pas toujours sûr, affirment les experts. Alors...

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Publié dans article sur le PRG

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