Buffet appelle la gauche à "l'offensive"
Le Monde le 14 septembre 2008
C'est une fête de l'Humanité au goût étrange que Marie-George Buffet a clôturé, dimanche 14 septembre. La secrétaire nationale du PCF voulait en faire le "rendez-vous de la riposte à Sarkozy". Elle aura certes eu le feu vert de François Hollande, premier secrétaire du PS et de Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, qui avaient samedi "posé le premier acte du rassemblement de la gauche", en s'affichant ensemble sur le site de La Courneuve (Seine-Saint-Denis). "C'est un premier acte important. Nous avons pour perspective de gouverner ensemble, de construire la gauche durable, la gauche qui gagne ", a insisté le premier socialiste. Marie-George Buffet pourra aussi se féliciter, cette année encore, des "bons chiffres" de fréquentation – 500 000 entrées annoncées – et "des dizaines d'adhésions".
Mais Olivier Besancenot aura réussi à lui gâcher sa dernière fête. En reprochant à la numéro un du PCF de ne pas l'avoir invité à un débat avec les autres ténors de la gauche, le porte-parole de la LCR a accaparé les esprits comme les caméras. L'agacement était perceptible tant dans les cercles dirigeants qu'auprès des militants dans les stands. "Ce qui énerve les communistes, c'est de voir quelqu'un qui joue pour essayer de leur voler leur fête", a lancé la secrétaire nationale. "On n'est pas là pour parasiter la fête du PC", lui rétorquait à quelques mètres de distance Olivier Besancenot.
Il n'empêche. Le PCF a compris que le facteur révolutionnaire et son Nouveau parti anticapitaliste lui faisaient de l'ombre et qu'il devenait urgent de trouver la parade, en se positionnant comme aiguillon de gauche du Parti socialiste. Dans son discours final, la secrétaire nationale a donc fait entendre des accents plus radicaux, utilisant à cinq reprises le mot "révolution". Stigmatisant la "politique de l'ultra-droite", elle a mis en garde contre "une France qui se surveille et qui se replie sur elle-même".
"Arrêtons à gauche de reculer, d'hésiter, de jouer perso. Il est temps de prendre l'offensive", a lancé Mme Buffet. La secrétaire nationale a exhorté les partis de gauche, les syndicats et le monde associatif à se mobiliser, citant la pétition unitaire contre la privatisation de La Poste. "Nous, on ne veut pas attendre" jusqu'en 2012, a-t-elle encore clamé, reprenant ainsi un leitmotiv récurrent d'Olivier Besancenot. Le PCF veut que "cela change vraiment", et sa dirigeante se dit donc prête à "construire les rassemblements nous permettant d'être majoritaires pour battre la droite et de prendre le pouvoir".
Le premier rendez-vous de la gauche, un forum sur la mondialisation et l'alternative politique, est prévu fin octobre. Des séminaires et des "groupes de liaison" sont aussi programmés. Il s'agit de montrer que la gauche "se met au travail" et que le PCF peut aider "à sortir la gauche de l'ornière". Pas un mot sur Olivier Besancenot, ni sur sa demande "d'actions communes". la numéro un communiste a préféré réitérer son appel à la "marche pour les salaires" que son parti organise le 27 septembre à Paris. "Augmentez les salaires", criait la foule. Marie-George Buffet pouvait sourire : même à 1,93 % (son score à la présidentielle), le PCF sait encore réussir sa fête.