Le pari gagné de Jean-Luc Mélenchon

Publié le par PRG

Marianne 2 Cédric Ormet le 7 Juin 2009

Contester le système tout en faisant partie. Un paradoxe dont s’est joué le leader du Front de gauche dans cette campagne européenne, les résultats parlent pour lui. Il sera à Strasbourg, et en bonne position pour négocier dans la perspective des élections régionales.

En s'auto-excluant du Parti socialiste, Jean-Luc Mélenchon a envoyé un signal fort à ses camarades en novembre dernier. Les compromis socialistes étaient devenus pour lui des compromissions. Il a, par sa rupture personnelle, entériné symboliquement une rupture plus latente entre le Parti socialiste et les gens de gauche. Il a crédibilisé l'idée selon laquelle la section française de la seconde Internationale s'était égarée en chemin, flirtant parfois avec le centre ou la droite. Et quand ses discours de campagne parlaient d'ouverture, c'était son ouverture à lui, dont il assène qu'elle est sans exclusive à gauche, à savoir du NPA au PS. Un positionnement qui a au moins le mérite de la clarté.

 Le Front de gauche et ses « déjà » deux victoires

Européennes: la soirée en direct, comme si vous aviez voté Le PS boit la tasse, l'UMP rassemble 62% des voix contre elle Sarkozy veut-il autoriser le voile à l'école ? Mélenchon et son Front de Gauche ont d'ores et déjà réalisé lors de ces élections deux performances. D'une part, faire exister une gauche réformiste et radicale que le PCF n'arrivait plus à incarner, en témoigne sa lente décrépitude électorale. Le vote pour le Front de gauche incarne ainsi un vote contestataire. Mélenchon semble en effet avoir réussi à incarner l'idée qu'il était possible de faire partie du système, et d'en sortir en le contestant, sans avoir rien changé ou presque de son discours... De fait, il a redonné du crédit à une idée devenue impensable ces dernières années, la possibilité qu'une autre gauche de gouvernement existe.

 D'autre part, le Front de gauche a réussi à reconfigurer l'échiquier politique de la gauche en profondeur. Avant les élections européennes, cet échiquier était divisé en deux. D'un côté, il y avait un Parti socialiste dominant outrageusement des alliés plus que faibles à gauche : Mouvement Républicain et Citoyen, Parti Radical de Gauche, Parti Communiste. De l'autre, une gauche radicale refusant par principe l'exercice du pouvoir : NPA (ex-LCR), Lutte Ouvrière, Parti des Travailleurs. La présence médiatique et militante du Front de gauche a d'ores et déjà bouleversé la disposition de ce champ politique. D'un côté, en réduisant les écarts avec le Modem, il somme le Parti socialiste de choisir ses alliances. De l'autre, en faisant exister « cette gauche alternative mais de gouvernement », il exige du NPA de faire un choix entre le camp de la Réforme et celui de la Révolution, sous peine de faire retomber le mouvement dans la marginalité.

Un p'tit tour et puis s'en va ?
La politique a horreur du vide. Mélenchon l'a compris. Lorsqu'il a quitté le PS, il affirmait de façon lancinante : « je crée un parti, pas une assurance vie... ». Et de laisser les observateurs de l'époque perplexes sur la manière de contester un système dont il faisait partie jusqu'au cou. En créant le Front de gauche avec le PCF, il aura au moins réussi à incarner le temps d'une campagne la possibilité de la contestation chez les réformistes de gauche. Reste à savoir désormais ce qu'il en sera lundi, à l'heure où il faudra s'asseoir à la table des négociations en vue des régionales 2010.

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