Grand spectacle au château du Roi-Soleil

Publié le par PRG

Le Monde le 23 Juin

Tout ça pour ça ! Tel était le sentiment largement partagé à l'issue du discours de Nicolas Sarkozy, lundi 22 juin, devant le Parlement réuni en Congrès. Pourtant, le décorum était pompeux, l'attente avait été soigneusement entretenue. La déception n'en a été que plus grande. "Beaucoup de bulles pour rien", résumait François Hollande, l'ancien premier secrétaire du PS.

 Sarkozy se réfère au Conseil national de la résistancePour M. Sarkozy le "modèle républicain", le "rêve" de "faire coïncider la logique économique avec l'exigence républicaine" vient du Conseil national de la Résistance (CNR) qui, a-t-il rappelé, "a su rassembler toutes les forces politiques pour forger le pacte social qui allait permettre la renaissance française". Le CNR, réunit clandestinement pour la première fois le 27 mai 1943 sous la présidence de Jean Moulin, représentant du général de Gaulle, regroupait huit mouvements de la résistance intérieure, la CGT et la CFTC, six représentants des partis reconnaissant la France libre, dont les communistes. Le programme du CNR a inspiré, en 1945, la création de la Sécurité sociale, des comités d'entreprise, la nationalisation de l'énergie et du crédit.


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La journée n'en fut pas moins particulière. Le déplacement d'un Congrès à Versailles est toujours une opération lourde. L'Elysée y a apporté sa touche singulière. Le château du Roi-Soleil avait des allures de Fort Knox. Tireurs d'élite, GIGN, policiers et gendarmes embusqués, contrôles et fouilles, interdictions de circuler : "Les consignes ne viennent pas de l'Assemblée ni du Sénat, elles viennent de l'Elysée", confessaient à regret les services du Parlement.

Tout avait également été minutieusement réglé pour la télévision. Comme pour la première d'un spectacle. Les images fournies aux chaînes retransmettant l'événement étaient coproduites par France Télévisions et les chaînes parlementaires, mais c'est l'Elysée, présent en régie, qui en avait réglé la mise la scène. "C'est une réalisation type VO (voyage officiel) de l'Elysée", indique un conseiller spécial, admettant que, "aujourd'hui, tout sort de l'ordinaire". Un échafaudage de projecteurs, une caméra télescopique (luma) pour l'arrivée du cortège présidentiel par le parterre du Midi. Une autre luma dans le Vestibule pour suivre la remontée de la galerie des Bustes par M. Sarkozy entre deux haies de cavaliers de la Garde républicaine en tenue d'apparat. "C'est Hollywood à Versailles", s'étonne un haut fonctionnaire de l'Assemblée.

Si les rangs du parterre occupés par les parlementaires enregistrent quelques défections, le balcon, en revanche, affiche complet. Dans la loge présidentielle, l'épouse du chef de l'Etat, Carla Bruni-Sarkozy, et sa mère, Marisa Bruni-Tedeschi, ont pris place au milieu des conseillers de l'Elysée. En tribune du public, le gouvernement au grand complet : seuls sont assis au banc du gouvernement le premier ministre, François Fillon, ainsi que Jean-Louis Borloo, Michèle Alliot-Marie et Roger Karoutchi. Le temps d'une intervention du président, la République est à Versailles.

L'entrée du chef de l'Etat dans l'Hémicycle est saluée debout par les parlementaires et applaudie par ceux de la majorité. Quarante-cinq minutes plus tard, seuls ces derniers se lèvent pour applaudir son discours. M. Sarkozy est reconduit jusqu'à sa limousine par le président du Congrès, Bernard Accoyer. Mme Bruni-Sarkozy accourt pour le rejoindre. Le cortège s'éloigne. Clap de fin.

La séance reprend. Pendant que les six orateurs inscrits prononcent leur intervention devant une assistance clairsemée, on se bouscule dans les couloirs. Les chaînes d'information retransmettent en continu. Une station de radio privée a obtenu l'autorisation d'émettre en direct depuis un "studio" aménagé à côté de l'Hémicycle.

Les ministres se succèdent pour saluer le "grand discours", la prestation "historique", la "vision" du président de la République. Du côté de l'UMP, on ne tarit pas d'éloges, tout en cherchant à ne pas lui donner une portée de déclaration de politique générale afin de ne pas consacrer l'effacement du premier ministre. "C'était un rendez-vous d'impulsion, se félicite Jean-François Copé, le président du groupe UMP de l'Assemblée nationale. Ouvrir les chantiers à venir, préparer l'après-crise, je ne peux pas ne pas y adhérer : c'est exactement ma thèse." Au passage, François Baroin (UMP, Aube) dit avoir "bien aimé ce discours chiraquien".

Le PS s'essaie à faire passer dans les couloirs les messages qu'il a eu bien du mal à délivrer au cours de cette journée. Lors de la séance du matin, consacrée à la modification du règlement du Congrès, Jean-Marc Ayrault, le président du groupe socialiste, a bien dénoncé cette évolution institutionnelle qui permettra désormais au président de la République de s'exprimer devant le Parlement "selon son bon plaisir". Il a conclu son intervention en rappelant le serment des députés du tiers état auxquels Louis XVI avait interdit la salle des Menus-Plaisirs, qui se retrouvèrent dans la salle du Jeu de paume pour "affirmer la volonté du peuple". "C'est à cette histoire-là que nous nous rattachons", jura M. Ayrault, appelant les députés et les sénateurs socialistes à s'y retrouver à 12 h 30. Las, à l'heure dite, nombre d'entre eux erraient à la recherche du lieu historique et préféraient rebrousser chemin, se lamentant d'être "encore une fois invisibles et illisibles".

François Bayrou (MoDem), que l'ordre alphabétique avait rangé dans l'hémicycle à côté de Jean-Michel Baylet (PRG), a jugé le discours de M. Sarkozy "troublant". "Quand on est à Versailles, on doit penser que la Révolution a été faite au nom de deux principes : la souveraineté du peuple et l'égalité, estime l'ancien candidat à l'élection présidentielle. Aux deux, aujourd'hui, il y avait comme un accroc."

Patrick Roger

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