Un découpage qui fait débat

Publié le par PRG

Vosges Matin le 3 Juin 

À l'approche des Européennes du 7 juin, les critiques se font toujours aussi nombreuses contre le système de grandes circonscriptions qui divisent artificiellement la France en huit super-circonscriptions. Ces circonscriptions " ne veulent rien dire", a notamment lancé sur Radio J Daniel Cohn-Bendit (Verts), tête de liste Europe Ecologie en Ile-de-France, souhaitant un retour à la formule antérieure de listes nationales. Jean-Michel Baylet, président du PRG, hors course européenne, a réclamé de son côté le retour, dès le scrutin de 2014, à la circonscription unique. Avec 13 collègues de son groupe sénatorial RDSE (Rassemblement Démocratique et Social Européen), il a déposé une proposition de loi en ce sens, jugeant que le système des huit eurorégions, institué depuis 2004, favorise les grands partis. "La France avait opté en 1977 pour l'instauration d'une circonscription unique sur l'ensemble du territoire de la République", analyse M. Baylet. Depuis, c'est "le seul pays de l'UE à avoir modifié son mode de scrutin".

Un frein à la diversité
"Ce système, hélas, favorise les plus grands partis qui disposent de moyens financiers et humains considérables", selon l'élu du Tarn-et-Garonne. "Le risque avéré est donc de voir des partis politiques moins importants, mais exprimant une réelle sensibilité au sein de l'opinion, être contraints de renoncer à présenter des listes ou d'en présenter dans peu de circonscriptions". "Ni le PRG ni le MRC n'auront de candidats" au scrutin du 7 juin", argumente M. Baylet pour qui le maintien de huit circonscriptions "supprime la diversité politique du scrutin européen". Le PRG a d'ailleurs lancé une pétition en ligne pour le rétablissement d'une circonscription unique. Voulues par Lionel Jospin et introduites en 2003 par son successeur à Matignon Jean-Pierre Raffarin, les eurorégions avaient eu les faveurs à la fois d'une partie du PS et de l'UMP, pour sortir du système jusqu'alors en vigueur, où chaque parti présentait une seule liste nationale. "En éclatant le scrutin en plusieurs petits scrutins, nous voulions que les élections européennes ne soient plus une petite présidentielle des partis", se souvient Jean-Pierre Raffarin. L'idée était aussi de " rapprocher le député européen de son territoire et lui donner une proximité avec ses électeurs".

Des listes difficiles

Mais ce découpage provoque des difficultés pour constituer les listes, compte tenu du nombre limité de places. Au lieu de faire un seul arbitrage avec panachage de sensibilités au niveau national, les partis doivent réussir huit fois ce casse-tête. "Ca favorise effectivement les querelles locales, et surtout ça occulte le débat européen. Car souvent, on débat localement d'intérêts locaux", selon le porte-parole adjoint de l'UMP, Dominique Paillé, "conscient que ce mode de scrutin, qui était fait pour rapprocher les électeurs de l'élu, ne joue pas son rôle".

L'élu de nulle part

La taille des circonscriptions, qui regroupent des régions très différentes, provoque aussi des récriminations. "Je me présente dans une zone qui va du bout de la Bretagne à Dunkerque : autant dire que c'est n'importe quoi", raille Marine Le Pen, tête de liste FN dans le Nord-Ouest. "La circonscription du Grand-Ouest ne correspond à rien sur le plan affectif pour la population", pour Philippe de Villiers (MPF). "Autant dire que le député européen est l'élu de nulle part". "Ce qui rend ce scrutin anormal, c'est qu'on a fait croire que c'était pour rapprocher les élus des citoyens, alors que ça les éloigne", juge le président du MoDem François Bayrou.

Des petites listes audibles

De la défense de l'esperanto à celle de la "France d'en bas", les petits partis peinent à se faire entendre parmi les quelque 40 formations ou mouvements qui se présentent aux Européennes. Le nombre de ces "petits" est stable puisqu'en 2004, 41 partis ou mouvements avaient déposé 168 listes. Mais l'électeur s'y retrouvera difficilement entre "Europe décroissance", "l'Union des gens" qui prétend reverser le salaire des eurodéputés à des associations, ou "Pouvoir d'achat". Pour le politologue Frédéric Dabi, les européennes " offrent une tribune" à tous ces mouvements qui ressurgissent régulièrement à l'occasion d'élections et constituent une spécificité française. Mais à côté de la dizaine de formations "classiques" qui se tailleront la part du lion, les petites listes, selon les derniers sondages, ne peuvent s'attendre à se partager que de 1 à 2% des suffrages.

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