La science politique du spectacle

Publié le par PRG

Non Fiction
Le 3 Juin 2009
Il y a trente-deux ans, Roger-Gérard Schwartzenberg publiait L’État spectacle qui mettait déjà en avant les dérives d’une politique qui se préoccupait plus des apparences que du fond. Mais, "le phénomène qu’il décelait était naissant et ne faisait qu’apparaître, que s’ébaucher. Depuis, il s’est très nettement aggravé"  , explique l’auteur en introduction de son nouvel ouvrage. Il fallait sans doute alors un L’État spectacle2 pour refaire l’état des lieux d’une vie publique qui ne fonctionne plus qu’en majeure partie sur l’image médiatique de ceux qui la font. Le président d’honneur du Parti radical de gauche, deux fois secrétaire d’État   et ministre de la Recherche entre 2000 et 2002, fait un point très critique de cet entrecroisement de la politique et des règles du spectacle dans une société marquée par la prédominance de l’image et le déclin de l’écrit.


Quatre stéréotypes de communication pour une politique en crise

Dans sa présentation le livre se divise en deux parties qui en constituent en réalité trois : la première est celle d’une définition de quatre stéréotypes de présentation de soi des hommes et des femmes de pouvoir   ; la deuxième constitue une analyse des dérives de la société et de l’exercice du pouvoir qui conduisent à cette perte du fond politique au profit de sa forme spectaculaire ; la troisième partie tient tout entière dans un dernier chapitre de 27 pages, Pour en finir avec l’État spectacle, qui plus qu’une conclusion apparaît comme une suite de propositions politiques visant à réhabiliter ce qui devient tout au long du livre, en miroir de la situation décrite, une pratique "noble" de la vie publique.

La première partie est consacrée à une définition de quatre types de personnages que les dirigeants tentent d’incarner pour se faire élire. Le héros correspond à un caractère invincible qui réunit tous les pouvoirs, ce "dispensateur de certitudes, donneur de rêves et faiseur de spectacles"   est le plus souvent un dictateur. Ces représentants sont Mussolini, Castro, Kadhafi, Kim Jong-il et tous les autocrates africains installés depuis des décennies. L’auteur les subdivise ensuite par région : les caudillos pour l’Amérique latine, les raïs pour le Maghreb, le Proche et le Moyen Orient ou encore les "souverains"   pour l’Asie. Pour chacun d’eux, Roger-Gérard Schwartzenberg raconte leur arrivée au pouvoir et les moyens qu’ils utilisent pour s’y maintenir comme le culte de la personnalité qui s’appuie notamment sur l’image d’un père fondateur. À l’inverse du héros, le second type de communication consiste à apparaître comme "monsieur tour le monde", c’est-à-dire proche du peuple, "à la manière d’un président miroir renvoyant aux électeurs leur propre image."   Pompidou et Raffarin pour la France, Carter et McCain pour les États-Unis symbolisent selon l’auteur ce common man qui veut apparaître en opposition avec l’establishment au pouvoir. Représentant de la France d’en bas ou maverick au sein du Parti républicain, l’objectif reste de se montrer comme un homme ordinaire

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